« Cela faisait sept lunes que je ne sortais plus de chez moi. Elle me reprochait cela entre autres. Je n’étais pas excité à l’idée d’entrer en interaction avec des mortels. L’idée d’une conversation m’était aussi futile que la vie d’un enfant Palestinien aux yeux d’un soldat Israëli. Tout ce qui pouvait sortir d’entre les lèvres d’une personne, peu importe son statut, son sexe et l’estime que j’avais pour elle, m’était tellement banale et surfait. Mais cela faisait déjà quelques semaines que cette nonchalance me poursuivait. Je n’avais envie de rien. Je commençais à perdre du poids, et à en prendre là où il ne faut pas. Le ventre. Les bourrelets. Les joues. Les fesses. J’essayais de trouver un goût à la vie en me servant de la nourriture comme intermédiaire. Cela réussissait seulement à massacrer mon foutu corps. Je ne faisais plus de sport. Le seul sport auquel je prenais part mettait en action ma main droite et mon imagination. Parfois, seulement ma main droite. Je buvais beaucoup. Je fumais beaucoup. Je n’écrivais rien. J’étais à sec. Aucune note musicale. Aucune ligne. Mon inspiration venait du monde et le monde ne me donnait plus aucune envie de le découvrir. Le courrier s’empilait dans ma boîte aux lettres, je n’allais même plus le chercher. La vaisselle s’accumulait dans l’évier, je n’y faisais plus vraiment attention. L’odeur que je dégageais avait fini par ne plus me dérangeait. Ma barbe commençait doucement mais surement à ressembler à celle de Robinson Crusoé. Ma vie aussi. J’étais isolé dans ma zone de confort.Mes amis étaient imaginaires. Ils se cachaient derrière un écran et nos conversations étaient creuses et stériles. Notre hygiène défini notre état psychique.Le mien était désastreux. Je ne dormais pas avant d’apercevoir les premiers rayons de soleil quotidiens. Je ne me réveillais pas avant d’en avoir marre des bras de Morphée. Je passais chaque journée à attendre la nuit. Je passais chaque nuit à me dire que demain sera meilleur. Mais les journées se succèdent et rien ne change. Je trainais un boulet de souffrances aux chevilles comme un condamné. Une corde au cou que la vie n’arrivait pas à tirer, seulement retenir pour me torturer. »