Il n’y a pas d’amour sans haine. Comme il n’y a pas de haine sans amour.
En aimant l’autre, on fini parfois par se détester soi-même. Sur ce chemin, on prend conscience de ce risque, mais on y plonge tout de même, la tête la première. Jusqu’à ce que la haine qu’on a envers nous soit dirigée vers l’extérieur. Ainsi notre objet d’amour devient le mauvais objet. Ainsi va la vie.
Je n’étais pas méchant, je ne voulais pas te faire de mal. La première fois que mes yeux se sont posées sur toi, j’ai aimé ta tenue, ton teint et ton sourire. Tu avais un charme pouvant marier celui de l’Afrique du Nord à la Bolivie. Un mélange entre Eva Mendes et ma voisine de table au lycée, à qui je pensais le soir quand je me branlais.
Je n’ai pas voulu m’approcher de toi plus que ce qu’il ne fallait. Un cadre de travail nous unissait et je n’aime pas manger au même endroit où j’ai chié.
Mais il a fallu que tu me demandes, au détour d’un couloir, si je buvais et si ça m’intéressait de le faire avec toi. Qui suis-je pour refuser une telle invitation? Alors, j’ai accepté et on y est allé.
J’adore ce moment où on est deux à danser dans une brume de doute sur la nature de notre relation. On boit ce verre et je ne sais pas si tu veux juste me taper la discut’ ou ouvrir ma braguette pour gober ma bite à pleines dents. Enfin, non. Plutôt sans les dents s’teuplé. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, ma bite n’est pas faite en acier.
On change de bar, un peu éméchés. On tombe sur mon pote et des filles qui l’entourent. Quel bg! On est tous un peu bourrés au moment où je te dis que je veux t’embrasser. Ton visage change. Comme si je t’avais insulté ta descendance et tout ce qui s’en suivait. Tu me dis que tu ne veux pas trop t’expliquer. Mais que tu dois me parler d’un truc avant quoi que ce soit.
Je ravale ma fierté et on continue la soirée.
Le bar est au pied de la porte de mon immeuble, mais toi tu veux rentrer. Je te l’interdis. Pas que je sois un macho dévergondé, mais il était impossible de te laisser reprendre le volant après ce que tu venais de te siffler.
On va chez moi, en tout bien tout honneur, ou presque. On se met un peu à l’aise, dans mon lit. Mon appart est tellement petit, qu’on ne peut faire autrement.
On est allongés, semi-habillés. On papote de sujets que je ne saurais me remémorer. Tu me dis que de ta relation passée t’as chopé une IST. Une herpes génital que ton ex t’a refilé parce qu’il t’avait trompé.
C’est terrible.
Je ne pense pas à ma queue à ce moment là, mais à la double punition que t’a fait subir cette relation.
C’est vraiment terrible.
Tu me dis que ça date un peu, mais tu ne sais pas si t’es contagieuse, si ça s’est calmé ou autre. Flippé des maladies que je suis, je sens mon penis se rétracter, avant que ton haleine alcoolisée, que je sens sur ma peau, ne le pousse à se réactiver.
On continue la discussion. La tension est palpable. On pourrait la sacraliser si on le voulait. Bourrés, faibles et attirés, on fini par se galocher d’une passion immaculée. Ta tête posé sur mon biceps flasque, je passe ma main sur ton bas du dos pour te rapprocher de moi. Tes jambes sur mon entrejambes, tu sens mon érection. Ça t’excite et ton excitation m’excite. Je n’ai pas les mains les plus grosses, mais ta taille de guêpe fait que je pouvais choper ta fesse avec une seule main. T’as les lèvres aussi douces que je les imaginais. Comme deux banquettes de sofa miniscules sur lesquelles mes lèvres pouvaient enfin se reposer.
Je remonte ton décolleté, pour laisser apparaître tes petits seins aux tétons percés.
-Ah t’es percée, lui dis-je.
-Genre! Comme si tu les avais pas déjà vu au boulot.
-Je ne passe pas mon temps à te mater, tu sais !
-Ouais, c’est ça…
À peine sa phrase terminée que j’avais la bouche pleine de ses tétés -le goût de l’acier me revient dans ma bouche, en écrivant ces lignes- la tension ne cesse de monter, mais on ne peut aller plus loin. Damnée frustration !
On s’arrête là pour ce soir, mais on continue de papoter. Elle s’allonge sur le ventre, pendant que je lui parles de mes chroniques. Elle me demande de lui en lire une. Je m’exécute. Avé Ganesh, que j’ai choisi comme lecture. Au fur et à mesure que je narre les moments charnels de cette chronique, je l’entends gémir. Je bande à nouveau.
-Une amie m’a dit qu’une femme sait si un homme est un bon cunni linguistes au moment où elle l’embrasse, c’est vrai ça ? Lui dis-je.
-Oui.
-Vu qu’on vient de s’embrasser pendant dix minutes, tu dirais que le cunni est une langue que je pratique couramment?
-Je t’imagine bien me bouffer la chatte, oui.
Je ricane, puis continue de lire la chronique jusqu’à sa fin.
-Alors, t’en as pensé quoi ? Lui dis-je.
-J’aurais pas eu mes règles ce soir, je me serai bien collé deux doigts.
Quel autre compliment pouvait dépasser celui-ci ? Aucun.
La nuit fini par avoir raison de nous. On s’endort jusqu’au matin. Elle se lève tôt pour aller travailler. On s’embrasse une dernière fois. Je vois son beau sourire me charmer juste avant de retourner me coucher.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là. On ne peut se raisonner à s’arrêter là, en si bon chemin, alors que tous les signaux -ou presque- nous hurlent de continuer. On se cherche du regard au boulot. On s’envoie des sextos en plein réunion. « Je me demande si t’es entrain de penser à mes seins percés actuellement », m’écrit-elle, pendant qu’on debrief sur une situation importante. Et pour répondre à la question, « je n’y pensais pas à tes seins, mais maintenant si ».
On échange souvent par texto. On a du mal à se retrouver. Pour dire la vérité, elle était assez extravertie, aimant la vie. J’étais très introverti et mon chez moi peut me suffire pour la vie. Elle voulait qu’on se revoit, j’avais peur de sauter le pas. Je ne sais pas à quoi cela engageait que de lui faire l’amour malgré cette IST. On a longtemps essayé de trouver des solutions; capotes vaginales, capotes masculines… Mais j’ai tellement de mal à me restreindre pendant le sexe, sans parler du fait que j’ai besoin de prendre beaucoup de temps pour penser à m’engager dans une relation, ce qui ne semblait pas être son cas.
Alors j’ai lâché ça.
J’ai voulu ralentir pendant que son train était en plein vitesse et ça a crashé. J’ai senti la douleur de ce que j’ai fait. Ce n’était pas pour elle. Ce n’était pas contre elle. Elle était merveilleuse et elle l’est encore. Mais je me devais de penser à moi. Je ne peux dire oui quitte à me perdre dans cette équation.
Vous voyez quand je parlais d’amour et de haine ? Si j’avais continuer, j’aurais fini par me détester et puis la détester pour ce qu’elle aurait fait de moi. Mais elle, elle l’a vécu ce tourbillon. Elle m’a détesté pour ce que je n’ai pas pu être pour elle, oubliant tout ce qu’elle a pu aimer en moi. C’est plus facile ainsi. On peut oublier l’autre si on n’y voit plus que ce qu’on déteste chez lui. Ça va plus vite. Même si j’aurais aimé qu’elle fasse comme moi, qu’elle quitte la table au sommet des gains, plutôt que de faire un all-in à la fin et détester le croupier parce qu’il aurait servi les
mauvaises cartes.