Coup d’œil

Il n’existe pas de moment parfait, ni de fin parfaite. On passe le plus clair de notre temps à attendre le bon moment, sans se rendre compte que celui-ci vient de passer. On ne connaît la valeur d’un moment qu’une fois celui-ci vécu.


On était en fin de soirée. L’objet de mon désir était présent à cette pseudo fête. On n’était pas nombreux, blottis dans le salon de mon pote.


Il y avait celui-ci, en hôte. Un charmant enculé qui a déjà eu la chance d’enculer mon objet de désir. Celle-ci était présente, un haut à bretelles fin laissait transparaître le volume presque inexistant de sa poitrine. On avait déjà eu notre moment, avant que nos styles d’attachement viennent mettre de la distance. Sacrés évitants de merde !


Mais cette soirée nous avait rapprochés. On retrouvait un peu notre complicité. Elle se montait tactile, me perçait du regard en me disant de belles choses. Je la sentais ambivalente ce soir-là. Elle s’appelait Kahina. Elle avait un sourire à te faire miroiter la vision du pavillon de banlieue, le bébé dans la poussette et l’autre dans ses bras à ton retour du travail. Bref, revenons à la réalité.


Il y avait le cousin à mon pote, qui s’était empressé d’aller se coucher, ayant décidément trop fumé, et pas que de la moquette. On avait alors décidé de tous faire de même.


Ah ! J’allais oublier !


Jenna, la sœur de mon pote, était présente, mais pas avec nous dans le salon. Elle était dans sa chambre. Kahina devait aller dormir avec Jenna dans le même lit. Un truc de filles.


Quelques quarts d’heure après l’extinction des feux, mes burnes me brûlaient, réclamant la tendresse de Kahina. Elle savait chevaucher une queue comme si elle avait fait du poney toute sa vie. J’essayais de combattre ces pulsions. Mais plus je les combattais, plus elles prenaient le dessus pour me remplir le cerveau d’idées indécentes.


J’essaie de lui envoyer un message, pas de réponse.


C’est là que je me dis une de mes phrases à la con, super conne, et qui ne fonctionne qu’une fois sur dix.
« Le bon moment, faut le créer ». Alors, j’y vais !


Je sors du salon, laissant mon pote endormi à l’autre bout de la pièce. Je feinte le pipi nocturne. Il faisait aussi sombre que dans le ventre de ma mère (enfin, de ce que je me souviens). J’arrive, marchant sur mes orteils, sur le pas de la porte de la chambre de Jenna. Elle n’était pas fermée. Je tends mon oreille, avant de tenter quoi que ce soit. J’entends des bruits de mouvements qui me font énormément hésiter.


Je patiente. Je pose délicatement ma main gauche sur le cadre de la porte. Je tends l’oreille encore. Ça a l’air calme. Je fais passer ma tête dans l’espace entre la porte et le cadre. J’aperçois des silhouettes de femmes. Kahina et Jenna. Dos à dos, main dans la main.


C’est attendrissant. Les femmes ont le droit de se tenir la main, de se dire je t’aime et s’embrasser sur la bouche, sans que personne ne crie au scandale ou à la mort par lapidation pour homosexualité. Tandis que nous, les hommes, si par malheur l’un de nous disait « je t’aime » à l’autre, la brigade anti-homosexualité viendrait l’embarquer de suite.


Bref, revenons.


Je reste en retrait. Pas un mouvement, pas un bruit. Je regarde ce qui s’y passe. Les mains bougent. Les doigts s’entrelacent dans une ambiance intimiste qui fait resserrer mon caleçon.


Jenna se retourne enfin pour être en face du dos de Kahina. Elle passe sa main sur son ventre, entre son haut et sa peau, et sa bouche sur son cou jusqu’à ses joues. Kahina se retourne et lui retourne ses bisous. L’atmosphère intimiste monte d’un cran. Les deux s’échangent de longs baisers langoureux, tout en se caressant leurs — presque inexistants — seins, leurs petites et fermes fesses et leurs longues et interminables jambes.


En parlant de jambes, ma troisième voulait quitter mes vêtements, tant ceux-ci la serraient. Mais je ne pouvais faire rien d’autre qu’observer. Observer et bander. Je n’étais même pas sûr que ce qui était devant mes yeux était une réalité. Dois-je les rejoindre ? Mais qu’est-ce que je raconte ? Personne ne m’a invité !


À ce deuxième constat de rejet, je me résigne à me casser. De toute manière, c’est peut-être juste l’effet de la fumée qui les a un peu désinhibées au point qu’elles se soient enlacées. Je fais un minuscule pas en arrière et soudain j’entends un craquement, celui du haut à bretelles fin (déjà cité plus haut) qui s’est déchiré, tiraillé par les douces mains de Jenna. Ce haut, décidément, la gênait, Jenna. Il l’empêchait de dévorer les énormes auréoles brunes de Kahina. Elle les avait enfin dans sa bouche, tandis que celle de Kahina s’ouvrait de plaisir. La mienne n’a pu que suivre et faire pareil.


Bonté divine ! Quand est-ce que ce spectacle touchera à sa fin ? J’espère jamais !


Les tétons de Kahina, fourrés dans la bouche de Jenna, enrobés de salive, les doigts de Jenna n’avaient pas de temps à perdre, se glissant déjà vers la culotte de mon objet de désir. Je ne savais plus si je voulais Kahina, Jenna, les deux ou seulement continuer à contempler ce qu’elles faisaient. Entre-temps, les doigts de Jenna ont commencé leur exploration. Des bruits de gémissements étouffés émanaient de la bouche de Kahina. Celle de Jenna est pleine et silencieuse. Certainement parce que rassasiée ?


Pas aussi sûr. Au moment où je passe ma main sur mon paquet, pour vérifier ma température, Kahina se révolte, emportée par son excitation. Elle retourne Jenna sur le dos, lui remonte sa nuisette et lui retire sa culotte, dans un mouvement aussi fin et maîtrisé que celui d’un shaolin. La chatte poilue de Jenna était alors à nue. Mais pas pour longtemps. Elle est très vite investie par la bouche et la langue de Kahina.
Un premier gémissement survient. Pas étouffé. C’est le cri du désir spontané.

Kahina place sa main sur la bouche de Jenna, comme pour la faire taire, tandis qu’elle plaçait son autre main sur son bas-ventre, pour faire augmenter la pression. En parlant de pression, celle dans mon pantalon a fini par excéder ce que je pouvais retenir. À défaut de la sortir, je fis entrer ma main entre le bout de tissu et mes poils, caressant ma queue délicatement. Jenna remonte sa nuisette jusqu’aux épaules, elle veut jouer avec ses petits seins. Elle les masse, les étire, les tire. Elle se pince les tétons délicatement, pendant que Kahina la dévore au sens propre comme au figuré.


Kahina s’y prend si bien que Jenna perd des plus en plus ses moyens. Elle se dégage de la main de Kahina, pour laisser échapper quelques gémissements et longues inspirations. La température de la pièce suffisait à elle seule à réchauffer le reste de la maison. Elle prend un coussin, le plaque fortement contre son visage et gémit dedans. Les bruits étouffés recommencent, mes caresses s’accélèrent.

Pauvre diable que je suis. Mon objet de désir est en train de baiser la sœur du mec qui, jadis, l’avait baisée aussi. Mais où sommes-nous ?


Les cris s’accélèrent, les mouvements deviennent plus brusques. L’humidité s’empare de leurs corps. Jenna n’arrive plus à stopper les tremblements de ses jambes. Kahina n’arrive plus à s’arrêter de lécher. Elle passe sa langue de haut en bas, effleurant non sans conviction le bouton magique de Jenna. J’avais une vue sur le sublime fessier courbé de Kahina. Mon caleçon était inondé de mouille. Mais ce n’était toujours pas autant que leurs entrejambes à elles. Les prises d’air difficiles de Jenna indiquaient que la fin était proche.

Profitons encore.


Puis, tout d’un coup, j’entends la porte de la chambre de la mère de mon pote et de Jenna s’ouvrir. Sans broncher, je file sur la pointe des pieds jusqu’au salon, une gaule de la taille entre les jambes.
Putain.

Date I

Je fais la bise à ma plus vieille amie, qui vient de souffler sa soixante-deuxième bougie. Je la serre dans mes bras et je m’en vais.

J’ai rendez-vous avec quelqu’un.

J’ai peut-être rendez-vous avec le destin.

Le destin, je n’y crois pas trop. Mais à chaque nouvelle rencontre, une partie de moi prie – même si je ne suis point croyant – pour que ma vie soit chamboulée. Je crois avoir fait bien trop de dates pour arriver à avoir ce genre pensées.

Il faut embrasser plein de crapauds avant de trouver son prince, dit-on. Il faut se coucher sur une centaine d’oreillers différents avant de trouver son chez-soi, dis-je.

Bref, je dois rejoindre cette fille que j’ai matchée sur Tinder. Je l’ai abordée en lui disant le fond de ma pensée ; elle en a ri aux éclats. J’ai su directement que ça allait matcher.

J’ai un humour qui ne touche pas tout le monde. Il est spécial, parfois fin, parfois lourd, mais souvent teinté de second degré. C’est cette dernière caractéristique qui le différencie de l’humour d’un autiste. La vie est déjà assez sérieuse et triste pour la vivre au premier degré.

Après ce premier échange très punchy et fluide, les messages sont devenus distants et rares. Ça m’a refroidi. J’ai cru que c’était déjà fini. Mais apparemment, non.

« C’est quand que tu me dates, du coup ? » m’a-t-elle dit. Pas la peine de vous cacher que je n’ai pas trop tergiversé avant de rétorquer par une proposition bien amenée pour un premier rendez-vous. J’ai donc proposé qu’on aille manger de la street food. Elle avait le choix entre l’Amérique latine et l’Italie. Elle a choisi l’Amérique du Sud. En vrai, je n’avais pas de préférence. Les deux sont excellentes.

Puis, je ne vais jamais à un date pour manger de la nourriture. C’est pas trop ça le but du jeu.

Alors, nous y sommes… Ou presque. Je suis là où on doit se rejoindre et je l’attends. Qu’est-ce une femme qui ne te fais pas attendre ? Certainement une femme pressée (de se débarrasser de toi). Je la vois arriver. Elle est grande. Des cheveux un peu en bataille. Un regard plein de significations, avec des lunettes qui m’empêchent de décrypter ce que ses yeux me disent. Un demi-sourire timide et malicieux. Un parfum dont je détestais le fait que j’aimais déjà son odeur. Bref, c’est mal parti.

On marche quelques mètres avant de se poser sur la terrasse d’un des nombreux bars qu’il y a sur la place du Vieux-Marché. Il fait froid. Je commande un whisky-coca. Elle prend un spritz. Elle tire une clope et la fume. Peut-être qu’elle a le trac. Peut-être qu’elle a juste froid. Peut-être qu’elle aime juste fumer. Chaque parole qui sortait de nos bouches respectives était accompagnée de grosses buées. On aurait dit qu’on était dans une chicha.

La conversation va dans tous les sens. Une discussion entre deux hyperactifs, ou peut-être deux hyper-attractifs. Je ne sais pas. En tout cas, les sujets abordés semblaient intéressants. On apprenait l’un de l’autre, tout en restant dans une posture décontractée. Elle est contente de sa manucure. Je lui prends la main pour l’admirer. J’avoue que c’était joli. Je plongeais dans ses mots, presque aussi profondément que je plongeais dans ses yeux.

Je commençais déjà à sentir une envie monter.

Non, je ne parle pas de l’envie de la plaquer contre une surface dure avant de plaquer mes lèvres sur les siennes. Non. Je ne suis pas un aussi grand abruti.

Non, je parle de l’envie de lui raconter toute ma vie. Cette femme assise en face de moi, bien qu’elle ne soit ni psychologue ni bonne sœur, me donne envie de m’ouvrir à elle comme un vieux qui entre pour la dernière fois dans un bordel.

Plus le rendez-vous avançait, plus cette envie augmentait et se décuplait. Elle finit par accoucher de l’envie de la revoir. Je ne parle pas de l’envie de revoir la personne dans deux semaines, si je n’ai rien à faire et que mon plan cul dort. Non. Je parle de la revoir dans quelques jours, parce que j’ai envie d’en savoir davantage sur elle.

Une troisième envie pointe le bout de son nez : l’envie de faire des efforts. Non pas pour faire semblant ou dans l’unique but de mettre ses jambes sur mes épaules. Non. Mais l’effort d’offrir. Offrir autre chose que des coups de reins. Offrir du temps. Offrir de l’attention. Offrir de l’affection.

Pas très nombreuses ont été les personnes qui ont fait surgir cette envie.

Très rares sont celles qui y sont parvenues après quelques heures seulement.

Mais qui sait ?

Je rentre chez moi -après qu’elle ait esquivé ma tentative de l’embrasser- avec du baume au cœur, un deuxième rencard planifié et un sentiment d’espoir.

C’est un bien gros mot, « espoir », pour un mec qui a passé une demi-décennie à ne planifier que le lendemain de sa journée.

L’espoir de quoi ? Je ne sais pas. J’ai juste senti les plaques tectoniques de mes entrailles bouger ce soir là. Le volcan qui somnolait depuis des années est peut-être sur le chemin de la résurrection. Dois-je en informer les autorités avant qu’il n’explose et qu’il finisse par tout saccager ?

Je récupère mon écharpe, que je lui ai prêté le temps de la raccompagner. Il pleut et je n’ai pas envie que cela ravage ses cheveux. Je remet mon écharpe, imbibée de son parfum. Je le déteste. Je marche, laissant des gouttes effleurer mon visage, me rappelant la chance que j’ai d’être en vie.

Que sera, sera.

xx/xx/xxxx

Je la raccompagne jusqu’à la porte d’un immeuble qui n’est pas le sien. Je lui fais la bise avant qu’elle ne disparaisse à jamais.

Ce n’était pas censé se passer ainsi.

D’habitude, je suis une tombe, un calvaire de pièges et de mystères. Un mec tellement enfermé dans sa coquille qu’il faut y aller au pied-de-biche. J’ai passé près de cinq ans à reconstruire ma carapace, avec des pièces détachées bricolées à la va-vite.

Il y a deux semaines, je me sentais intouchable. Dieu lui-même ne pouvait venir me perturber. Au sortir de ce deuxième rencard, je me sens nu. Dieu lui-même ne peut venir me rhabiller.

Mais putain de merde, que s’est-il passé ?

Je suis marqué au fer, comme un putain de veau qu’on traîne à l’abattoir. J’ai une date de péremption. Elle est gravée sur moi : « À baiser de préférence dans les deux jours qui suivent la rencontre. » Chaque femme qui m’a déshabillé a fini par lire cet avertissement, explicitement ou par déduction.

Je ne peux perdurer dans le temps. Je ne suis pas un grand cru, un camembert normand, encore moins un bon livre qu’on relit en y découvrant de nouvelles subtilités. Non. Je suis un tube pop, éphémère et cliché. Tu m’écoutes dix fois de suite et tu me jette aux oubliettes.

Tu ne me ressors pas de ton placard dans quelques semaines. Tu ne m’écoute pas tous les jours. Je suis une montée d’adrénaline. Un rail de coke. Un shoot de crack. Je saurais t’emmener là où tu veux, mais à petite dose. Autrement, tu nous fais un bad et ça serait dommage.

Parce que si tu consommes plus, tu as le rideau qui se lève et t’as l’envers du décor.

Tu découvres vite que j’ai des intérêts plutôt restreints, une flemmardise légendaire et un attrait pour tout ce qui est mal fait, cassé, abîmé. Je creuse souvent les mêmes hobbies. Je casse ma routine en dormant à des heures improbables. Je mange aussi sainement qu’Oussama Ammar. Je fais du sport, mais majoritairement au lit. Je ne suis pas très sociable, l’humain me semble vide d’intérêt. Je n’aime l’art que lorsque j’y mets ma signature. Je suis centré sur moi-même tel dieu dans ses livres. J’ai un attachement très évitant avec l’argent. J’ai un attachement très évitant avec les gens. Je suis aussi indécis que désintéressé concernant mes choix de cœur. J’ai un intérêt limité en temps et en quantité quand il s’agit de femmes. J’ai un amour infini pour mon chez moi. J’ai assez d’argent pour ne pas mourir de faim, mais pas assez pour t’inviter au resto quatre fois par mois. Je peux passer une semaine chez moi sans jamais m’ennuyer. Je peux passer une semaine sans parler à personne sans jamais m’ennuyer. Je suis pauvre. Je suis solitaire. Je commence à faire attention à ma santé, ce qui est chiant. J’ai arrêté de fumer, ce qui est chiant. Je déteste l’alcool, mais j’en bois, ce qui est chiant aussi.

Je trouve mon bonheur dans un accord de musique joué de mes mains, dans une note parfaitement atteinte par ma voix, dans un but marqué sur FIFA, dans une mission réussie sur GTA, dans une victoire même pas méritée de West Ham et dans un voyage pour aller les voir, dans une vue de ma fenêtre sur un coucher de soleil, dans une vue sur ma fenêtre sur un lever du jour, dans un sommeil inattendu, dans une phrase de Bukowski, dans un appel venant de la maison mère, dans un souvenir avec ma grand mère, dans un café au lait bien accompagné, dans un dîner que j’aurais préparé et qui serait presque parfait, dans une balade dans ma ville fétiche, dans un sandwich au QG, dans un sourire caché, et peut-être dans un baiser.

Je peux continuer toute la soirée, mais tout ça, tu n’étais pas censée le savoir aujourd’hui.

Parce qu’un mec comme ça, même moi je n’en voudrais pas.

Déjà, parce qu’un mec ça ne m’intéresse pas, et puis deuxièmement, parce que deux personnes comme moi ne s’entenderaient certainement pas.

Mais revenons à toi.

Qu’as-tu fais pour provoquer cela ? Quelle magie as-tu agité sur moi ?

C’est peut-être ton énergie. C’est peut-être ta voix. C’est peut-être ta voie. C’est peut-être la manière dont je te vois. C’est peut-être juste moi ? Non, je ne crois pas. C’est un peu plus compliqué que ça. C’est une manière d’agir, une manière de faire, ta manière à toi d’exister et qui a fini par me plaire.

Mais qu’as-tu de différent des autres ? Comment as-tu pu réveiller, en une soirée, quelque chose d’éteint depuis des années ?

Peut-être que je ne préfère même pas savoir, tant ce qui a été provoqué est déjà perturbant et pas aussi évident à gérer.

Je ne sais pas.

T’as une énergie propre à toi et qui me donne envie de m’y perdre pour mieux me retrouver.

C’est triste, certains diront. C’est mignon, d’autres diront.

Je pense que la chose la plus triste dans ce texte c’est le fait de savoir que tu ne le liras jamais.

Gladiator II

Ça doit faire « bim, bim, bim… », disait Charles Henri Bukowski. C’est ainsi, et seulement ainsi, que l’écriture doit se faire. Que l’art doit se faire.

Ça doit être spontané, fluide, instinctif, viscéral. Tout ce qui est calculé manque de sincérité. Tout ce qui est modifié manque d’authenticité.

J’étais dans cette salle de cinéma Dolby, où les sièges sont des fauteuils pliants, où les effets audio sont en 3D et où l’écran fait trois fois la taille de mon appartement. Jouissif.

On dit que le décor fait beaucoup, on oublie de dire que la mauvaise compagnie gâche tout. J’y ai été pour un premier date, avec une femme que je venais de rencontrer. On avait échangé autour d’un verre et d’un plateau de quesadilla.

En plein milieu de l’échange, j’ai su. J’ai su que c’était mort, enterré, caduc, finito. On n’allait jamais s’entendre plus que ça. Elle avait une chevelure brune, bouclée, qui était jolie. Un sourire réchauffant, mais qui transpirait la névrose. Des petites mains semblables à des pattes de poulet. C’était grillé, je vous dit, grillé.

Si cela ne suffisait pas, il y avait aussi les divergences sur nos visions respectives de la vie, des relations et des dieux.

Elle voulait se poser avec un homme pieux et prier dieu. Je voulais faire l’amour à toute belle femme qui me sourit et qui me prend pour un dieu. La relation que j’avais avec dieu est la même que j’avais avec mon ex. Je lui parlais continuellement, il ne me répondait jamais. A un moment, tu te fais une raison et tu te tire.

Peu importe, on s’était dit qu’on se faisait un ciné et je n’aime pas manquer à mes promesses. Puis, c’était Gladiator II. Un casting de folie, un film premier volet épique, vingt ans entre les deux… Ça promet.

Je pose mes fesses sur le divan. Le film commence. Numidie, l’an 200 après JC. Une étrange sensation traverse mon âme : Ça parle de mes ancêtres.

J’oublie mon date, j’oublie ce qu’il y autour. C’est le cœur qui parle. C’est le sang qui parle. L’histoire me berce déjà.

Les tatouages au visage de ces femmes berbères me font penser à mes grands mères. Ces hommes battant le faire, se préparant à faire la guerre, me font penser à mes grands pères. Ces enfants courant pour se réfugier me font penser à mes parents, mes tantes et oncles qui ont connu la guerre.

Pourtant, entre l’histoire du film et aujourd’hui, se dressent plus de deux mille ans.

Je me prend une claque à laquelle je ne m’étais pas attendu. Ceci est notre identité.

Deux mile ans durant lesquelles on n’a connu que très peu de paix, très peu de liberté. Pourtant, amazigh, l’homme libre est notre identité. Cette appellation, eut-être devrait-on la changer ?

L’homme libre enchaîné.

Ça sonne mieux, non ? Plus juste à mon goût. Même que récemment c’était l’homme libre réprimé. Puis dorénavant, c’est l’homme libre exilé. Et bientôt, l’homme libre exterminé.

De toute manière, je sens bien qu’on est condamnés. Condamnés à disparaître, comme plein d’autres civilisations ancestrales. On n’est pas meilleurs que d’autres, après tout !

La film se poursuit.

Rome. Les esclaves. Les arènes. Les jeux. Voici qu’ils présentent les prisonniers numides et « leur chef Jugurta » . L’écoute de son nom, l’image de lui à genoux, blessé, battu et sur les marches de sa tombe vient de faire vibrer ma poitrine. Ma vision de ce film dépasse tout ce que ses réalisateurs ont cru pouvoir en faire.

Il y a une partie de mon histoire, et de celle de millions d’autres, qui est jouée. Je plonge encore plus profondément dans ce film. J’en oublie ce qu’il y autour. J’en oublie mon date. L’intérêt que je ressens pour ce film dépasse -malheureusement- celui que j’ai pour cette femme.

Je ne vous spoil pas la suite, peut-être que certains ne l’ont pas encore regardé.

Le film se termine. Je raccompagne la jeune dame au parking. On se fait la bise et chacun part de son côté.

Elle rentre en voiture. Je rentre en bus. Je déverrouille ma porte. Je me déshabille. Je me brosse les dents. Je me mets au lit. Je prends mon téléphone. Je réponds à ses messages. Elle est bien arrivée. Je lui dis, sans conviction aucune, que j’ai passé une belle soirée. Menteur que je suis.

Bref, j’ai fini de faire mon « bim, bim, bim… ».

Une pizza, une bière et une sagittaire

Évitez de me jeter la pierre. Je me caillasse les couilles déjà bien plus souvent que je ne me les caresse.

Mes chroniques, souvent, soit elles m’ouvrent des portes, soit elles me les claquent sur la queue.

Je parlais par messages à cette fille, que je n’avais vu qu’une seule fois et avec qui on avait très peu parlé par la suite. Elle me plaisait bien, mais je n’étais pas sûr de la réciprocité de ces pulsions.

Au détour d’une phrase, elle me fait comprendre qu’elle a lu mes chroniques et a su se reconnaître dans l’une d’elles. Tinder.

J’étais sur le cul.

Je m’empresse d’aller relire en priant de ne pas avoir été trop vache la concernant. Elle rétorque vite, me disant que c’était carrément adorable d’avoir écrit quelques lignes la concernant. Cela avant d’ajouter que mes écrits lui procuraient des images mentales et qu’elle souhaiterait presque voir devenir réalité.

Il m’en faut pas plus !

La discution se poursuit, enduite de légèreté, jusqu’à ce qu’on tombe d’accord pour une soirée chez elle.

Le samedi soir pointe le bout de son nez, je fini de boutonner mon jean et j’y vais. Vingt heures passée, je ne pouvais trouver des bières que dans un hanout pommé. 7 euros et 25 cents. Du vol. Je prend quand même le pack.

Je continue mon chemin jusqu’à une pizzeria où je prends une pizza au quatre fromages, parce que madame est végétarienne.

Je sonne à sa porte, elle m’ouvre, me fait la bise et prend la pizza et les bières. C’est cozy chez elle.

On avait prévu une soirée films d’horreur et bières. On s’est installés dans son canapé, des bières et des clopes partout sur la table. On ouvre la boîte à pizza. On fume et boit en regardant un bon film à suspens qui se passait dans un chalet perdu au milieu de nul part.

La soirée se passait super bien. On mange. On boit. On fume. On rigole. On apprend à mieux se connaître. Elle est aussi attendrissante qu’appétissante.

Quand faut aimer, il faut aimer pleinement. Quand il faut détester, faut le faire avec modération.

Je me retrouve à l’avoir dans mes bras, effrayée par les screamers à répétition. Je lui caresse l’épaule d’une main, les cheveux d’une autre, mon souffle chaud sur l’arrière de son crâne.

Le film se termine, elle se retourne vers moi, nos regards se croisent, puis nos lèvres font pareil. De longs et langoureux baisers s’échangent, tandis qu’elle met sa main sur ma nuque et que je glisse la mienne le long de son dos.

Je la couche sur le canapé. Je remonte, puis retire son t-shirt, pour embrasser, lécher et mordiller sa petite et ferme poitrine. Elle gémit.

Je coince un téton entre mes lèvres, pendant que ma main lui caresse l’autre. Elle gémit encore.

Elle retire ses lunettes. Je retire son pantalon, je ressens la chaleur émanant de son con. Je glisse mon doigt entre sa culotte et sa peau, je me fais piquer par ses poils rasés de près. J’ai ressenti de légères vibrations traverser son corps, de la tête aux pieds. J’assène un doux baiser à son con par dessus sa culotte en dentelle avant de l’écarter.

Je scotche ma bouche à son entre-jambes, pendant que ma langue sort caresser ses lèvres verticales en effleurant son clito. Mes mains tenant fermemant ses cuisses, d’un côté comme d’un autre.

Ses larmes de désir dégoulinaient le long de mes commissures labiales, de ma moustache et de ma barbe. Leur goût était tel que je m’interdisais de m’arrêter.

Je lui retire enfin sa culotte et fini de retirer ce qui me restait de vêtements sur le corps. Je la porte, ses jambes enroulant ma taille et nos lèvres s’échangeant des baisers, avant de l’emmener sur son plumard.

Je la dépose avec une légère brutalité, je me met entre ses jambes, mes lèvres collées aux siennes, ma main serrant sans conviction son cou et mon autre main caressant sa source de plaisir, qui n’arrêtait pas de faire jaillir ses effluves de désir.

J’enroule des risidus de boyaux autour de ma queue, je soulève ses jambes à la hauteur de mes épaules et essaye de glisser ma baguette entre ses pétales.

J’y arrive au moment au même moment que je colle ma bouche à la sienne. Ses lèvres étaient aussi douces, sucrées et légères qu’un marshmallow. Je ressentais ses griffes sur la haut de mon dos, puis ses dents sur mon épaule, puis l’autre épaule, puis mes bras et même mon torse. Elle me mordait de partout, longuement et fortement.

J’imagine que cela l’excitait. En tout cas, c’était le cas pour moi. J’ai donc continué à accélérer, avant de me fatiguer. Je me retire, tout en la caressant avec mes doigts.

Je fini par faire glisser mon majeur et mon index à l’intérieur de son temple tiède et enivrant, faisant passer mes doigts, en forme de crochet, derrière la partie visible de son clitoris en faisant des vas et viens.

Ses respirations se font entendre et s’accélérent de plus en plus. Je secouait son cocotier en espérant y voir de l’eau en découler.

Elle me mord l’avant bras, je l’étrangle. Elle crie. Je retire mes doigts, je lui donne une fessée et je les remet là où ils étaient. J’entends de l’eau couler, je ne vois rien, il fait noir, mais je ressens de l’eau jaillir et m’éclabousser.

Je m’arrête, un sourire béat sur mon visage. Elle m’attaque. Elle me donne des coups de poings sur les bras.

« Je te déteste. Pourquoi t’as fait ça ? Ah putain je me sens dégueulasse, j’en ai mis partout. T’es horrible ! » et m’assène encore des coups. Je l’enroule dans mes bras, je l’embrasse, elle se calme. « T’as aimé? Tu devrais profiter au lieu de m’insulter ». Elle se calme et m’embrasse à son tour.

On s’endort, après des minutes de conversation sans queue ni tête. Son lit était large, j’aime bien. Autrement, je ne supporte pas de dormir avec quelqu’un. J’ai besoin de mon espace. Quand je dors la nuit, j’ai besoin de ressentir que mes rêves et mes cauchemars, je les affronte seul. Je ne pense pas avoir rencontré quelqu’un en qui j’ai assez confiance pour partager cela avec.

Les rayons du matin tapent sur ses volets fermés, son réveil n’arrête pas de sonner. « Putain, je dois partir d’ici trois quart d’heure » me dit-elle, ses fesses nues écrasant ma queue. Je l’enrobe dans mes bras et embrasse son cou en chuchotant « du coup, on a du temps devant nous ». C’est parti pour un autre round!

Les baises du matin sont différentes. L’ambiance n’est pas la même. Il y a plus d’énergie et plus d’intimité.

Après avoir fait quelques minutes en cuillère, je la remet sur le dos pour un basique, mais efficace missionnaire. Beaucoup sous-estiment cette position, moi je la trouve importante. C’est la clé de l’intimité, lorsque vous êtes l’un dans l’autre, que vos regards se croisent et se fixent, scrutant l’âme de l’autre avec ses peurs et assurances. Tout se joue en missionnaire.

Dans un calme olympien, sur un rythme de croisière, je fais mes vas et viens, mes lèvres se collant et décollant des siennes, dans une douceur inégalable. C’est là que je ressens la capote se remplir, au même moment où mon souffle accéléré s’estompe. Je me retire pour éviter toute catastrophe et je m’en vais jeter le caoutchouc.

Elle va sous la douche, je m’allume une clope de satisfaction. Je fini le fond de la bière, un sourire satisfait se dessinant sur ma gueule. Je me rappelle aux choses simples de la vie.

Une pizza. Une bière. Une sagittaire.

Bonsoir Maman

Bonsoir Maman,

Aujourd’hui, c’était les élections. Cela fait maintenant quelques temps qu’elles généraient des tensions. Chacun y va avec ses idées et ses pulsions. Ils aiment ça, les gens.

On dit souvent que l’histoire se répète et ça s’est confirmé encore aujourd’hui. Les gens n’apprenent pas de leurs erreurs. Ils aiment se morfondre dans la bêtise. Ils préfèrent blâmer l’autre, plutôt que de voir ce qui cloche chez eux.

Je ne comprends pas qu’après tant de siècles d’évolution, d’échange, de communication, les gens soient encore effrayés par ceux qui ne leur ressemblent pas. Cette valeur de la vérité personnelle qui doit absolument être universelle, j’y suis pas du tout. Comment peut-on avoir si peu de tolérance de ce qui est différent ?

Mais je pense que cela va au-delà. C’est une question de suprématie aussi. Ce n’est pas concevable pour certains d’être au même rang que d’autres. L’étranger, le différent, le coloré ne peut être au même niveau que le natif. Un peu de bon sens, voyons !

On n’est ni plus, ni moins qu’une bonne chair à canon, Maman. On est sympas lorsqu’on ne coûte rien, qu’on nage dans la crasse. Mais beaucoup moins lorsqu’on veut s’assoir à la même table.

En parlant de table, tu te souviens de quand je recurais les toilettes d’un Fast-food pendant mes études ? Je servais des gens de tout horizon. Parmi eux, il y avait une personne qui est tête de liste de ce parti raciste, aujourd’hui. Il a fini troisième comme une merde, mais tout de même ! T’imagines !

Je ne pense pas que ça le gênait d’être servi par des étrangers, non. Mais je pense que si je lui disais ce que je fais comme métier aujourd’hui, il serait choqué. Presque envieux, alors qu’il ne pourra jamais faire ce que je fais. Sans prétention aucune. Mais il ne serait pas le seul à être choqué, ça a été le cas de toutes les personnes que j’ai croisé pendant mon temps là-bas.

Quand je leur dis aujourd’hui que je travaille en psychiatrie, ils sont surpris, puis me demandent si c’est en manutention, à la cantine ou à la sécurité. C’est des métiers nobles, mais qui me semblent catalogués pour un certain profil de personnes, dont je fais partie. Je suis étranger, je ne peut que faire un travail alimentaire voyons !

Un étranger ne peut pas aspirer à faire un métier de haut rang. Apparement…

Pourtant, je n’ai brûlé aucune étape. J’ai fait mes preuves ici. Tu le sais. Tu te souviens de mes années dans les neuf mètres carrés du Crous ? De mes galères au travail ? De mes recherches de stages ? De mes soutenances ? Etc…

J’en ai chié. Mais ça, personne ne le voit. Toi, tu le sais. Certes, tu ne sais pas tout. Parce qu’il faut préserver ses proches de certaines dures vérités. Mais je pense avoir payé ma dette envers la société. Puis, mériter ce que j’ai pu avoir jusqu’ici.

Bien heureusement, je suis entouré de bienveillance.

Les descriptions de suprémacistes dont je parlais juste avant, je ne les retrouve pas autour de moi. Bien au contraire, j’ai été accueilli par des personnes qui ont d’abord lu mon livre sans s’attarder sur sa couverture.

Je suis entouré de personnes qui   accordent plus d’importance à ce qui nous unit, qu’à ce qui nous sépare.

Si on cherche nos différences, on en trouvera sans fin, même avec nos proches. Mais si on en fait abstraction pour voir ce qui nous rapproche, on fini par voir qu’au fond, on est tous pareils.

On galère tous à finir le mois. On a tous des choses qui nous animent. On a tous des activités qu’on déteste. On a tous un voisin chiant, un boulot de merde, un problème de parking, des travaux à la maison, des enfants à protéger, des proches à aimer… Mais plus encore, on se fait tous baiser par l’état.

Excuse mon langage cru, mais il n’y a pas d’autres manières de le dire. Comme l’avait dit Benjamin Bernard, Il fallait que ça sorte.

En tout cas, t’as pas à t’en faire pour moi. Je vais continuer ma route. Que cela soit ici ou ailleurs, peu m’importe.

Je fais parti du peuple de Matoub Lounes, donc j’irai toujours dans le sens de ma libération.

Aller bisous.

France, 2024.

Paracéta-molle

Il a beau être deux heures du matin, je ne suis pas entrain d’écouter « Il est 2h et tu me manques » de TIF pour accompagner mon écrit. Non, je ne suis pas ce genre de merde.

Je ne sais pas ce que je veux écrire dans ces lignes, peut-être que je vais vous parler de la lune et des nuages, ou alors de mon naufrage.

Beaucoup de choses se passent récemment dans ma vie, avec l’impression de vivre les choses sans prendre le temps de les apprécier, tant j’ai chaque jour quelque chose de nouveau qui se produit. Rares sont les moments comme celui-ci, où je prend le temps de prendre le temps, pour me poser et réfléchir à ce que j’ai vécu.

Je craignais un passage en phase maniaque ces jours-ci. Pas que je sois bipolaire, non. Mais j’ai des phases où j’ai plus d’énergie que d’autres. Des phases où j’ai plus de libido que d’autres. Des phases où j’ai plus de batterie sociale que d’autres. Je craignais cela.

Pourquoi ?

Pour mes fidèles lecteurs, qui me lisent depuis plus de six ans, vous vous souvenez certainement de mes écrits à l’eau de rose concernant une femme. Une femme belle dans sa cruauté, intelligente dans sa déloyauté et sexy dans sa simplicité.

Cette femme n’est plus. Non, pas qu’elle soit morte. Mais morte à mes yeux.

Cela faisait déjà plusieurs mois, voir années depuis que mes sentiments pour elles ont été enterrés. Néanmoins, un évènement vient gratter la surface du cercueil, comme pour y pisser.

L’ex-amour de ma vie se marie.

Chouette nouvelle ! Franchement, sortons le champagne. Je ne serai sans doute pas de la partie, parce que je suis bien trop aigri, mais sortant le champagne quand même !

Ce qui me renvoie à ma crainte primaire; vais-je faire un p’tit marathon du cul, pour ne pas penser à ce qui se passe ?

Il m’était déjà arrivé de me lancer dans de telles compétitions, sans savoir pourquoi, ni comment. De manière totalement inconsciente, je séduisais qui voulait bien m’y succomber. Pour des aventures sans lendemain, parfois même sans commencement.

Je passais ma langue, mes doigts et ma queue sur le corps de celle qui veut, sans même chercher à combler un plaisir personnel factuel. Je me demandais si je ne couchais pas de manière totalement compulsive et sans but précis. Mais non, il y avait bien un but défini !

Certes, il était caché, subtil, mais il était là. A chaque fois. Caché dans un ramassis de poils pubiens.

On m’avait déjà posé la question de savoir si je prenais du plaisir ou pas. Certaines se sont même senti vexées. « Mais t’as pas jouis… ». Est-ce le but d’une partie de jambes en l’air ? Pour moi, l’orgasme de l’autre, oui. Le mien ? Je ne le connais pas. Je pense en avoir eu que très peu. Trop occupé à me prouver quelque chose j’imagine. À moi ? À elles ? À elle ? Bonne question !

Certains lecteurs m’avaient même fait la remarque « Au fait, on a l’impression que tu ne jouis jamais quand tu baises dans tes chroniques… » ou encore « le plaisir n’est pas équitablement partagé dans tes ébats… ». Mon plaisir passait intrinsèquement par celui de mes compagnes. Je ne pouvais faire autrement. Pourquoi ?

J’ai longtemps eu cette hypothèse qui dit que donner du plaisir à l’autre renforçait ma confiance en mes capacités et mon savoir-faire. Comme pour compenser ce que je n’ai pas eu. Comme s’il me fallait la validation de toutes ces femmes pour essayer de combler celle que je n’ai pas eu et qui sans doute je n’aurais jamais.

Je croyais, bêtement et naïvement, que ces coucheries allaient finir par me libérer de mes sentiments, que ça allait me permettre de minimiser ce que je n’arrivais pas à avoir.

Mais c’est tout de même dur d’avancer sans sentiments.

Je n’ai plus le moyen ou le besoin de reculer pour retrouver cette carotte que jadis je coursais. Je n’ai pas non plus de carotte future qui me permettrait de me projeter. Je suis comme coincé dans une boucle spatio-temporelle auto-centrée et sans fin.

Comme ce putain de connard dans « The Preacher » qui s’est retrouvé en enfer à devoir revivre la pire journée de sa vie, en boucle, jusqu’à la fin des temps.

Alors, je ramasse mon cœur. Traîné dans la boue. Je le fourre au fond de mes entrailles pour le cacher. Que personne ne le trouve. De toute manière, même si vous le trouviez, ce n’est pas sûr que vous arriverez à le faire marcher.

Paris, La Défense

Je pose mon pied en haut de la dernière marche. Une odeur de souffre me saute à la gorge. Une image de phallus géants me saute aux yeux. Où suis-je ?

Paris La Défense, bien sûr !

Je n’aime pas croiser cette ville dans mes itinéraires. Pourtant toutes les personnes que j’aime, dans ce bout de terre qu’est la France, vivent ici. La plupart disent aimer y vivre, j’y crois peu quand je vois leur visage.

Ce n’est pas les seuls visages qui me parlent, à la sortie de Jules Verne. Je marche jusqu’au café Westfield, aussi dégueulasse soit leur café, c’est le seul ouvert à des kilomètres à la ronde.

La queue est énorme -je ne parle pas de la mienne-. J’attends, en observant brièvement les gens. Lorsque je m’ennuie, ils peuvent parfois m’intéresser. Lorsqu’ils m’intéressent, je fini par m’ennuyer.

Alors, c’est pas qu’ils m’intéressaient, mais leur comportement me surprenait. Les formules de politesse ne sont posées que parce qu’elles sont de coutumes. Elle ne contiennent aucune sincérité. Les employés sont vus comme des déchets à écraser. Autant par l’employeur que par les clients. Les gens sont hautains, alors que s’ils étaient kidnappé demain, personne ne payerait leur rançon. Ils ne valent pas un sou.

Je fais ma commande, le serveur est au bout de sa vie. Il se demande ce qu’il a bien pu faire pour se retrouver à neuf heure du matin, à La Défense, à servir des cadavres en costard cravate, en supportant les brayements d’une collègue vraisemblablement castratrice. C’était écrit dans ses yeux. Pauvre malheureux.

Je prends ma commande, le remercie en lui souhaitant un bon courage. Je m’installe en terrasse et j’observe.

Je continue cette observation que j’avais déjà entamé. Je regarde autour de moi; des imbéciles en cravate qui se croient à Wall Street, des malheureux avec leur maison sur leur dos qui speedent pour arriver à temps, des jeunes stagiaires à la tenue soignée, des personnes qui font le ménage, des personnes qui chauffent les bancs.

Aucun sourire.

Aucun visage n’affichait un quelconque sourire, une quelconque nuance de joie, un début de quelque chose. Il respiraient et transpiraient la mort.

En vrai, je suis de mauvaise foi. Il y avait bien quelqu’un qui souriait. Il souriait, riait, criait. Il était joie.

Il était également super délirant, se parlant à lui-même et aux autres. Tantôt connecté à ceux qui l’entourent, tantôt s’y protégeant en restant dans sa coquille. Mais sa coquille semblait joyeuse.

J’en suis venu à la conclusion que pour survive dans ce monde de fou qu’est Paris et ses environs, t’es obligé de te déconnecter de celui-ci. Autrement tu laisse ton cerveau se faire absorber par le rêve capitaliste qui ne t’offre en retour quargent fictif et limité.

Le seul moyen d’être heureux pour ces personnes c’est de s’émanciper de cette réalité. Devenir fou, comme on dit. Se créer ses propres délires, ses propres visions, son propre monde qui parfois s’ouvre à celui des moldus, en demandant une clope, une pièce ou autre, comme pour leur rappeler pourquoi ils déconnectent en se confrontant à la froideur et l’indifférence leurs interlocuteurs.

J’ai continuer mon chemin, en écoutant les délires du monsieur qui s’éloignaient. Je ne suis que de passage dans ce gouffre parisien. Bientôt il n’existera plus dans mon esprit.

Apostasie

Encore une fois, j’étais sur Twitter. Enfin, X. Enfin, je ne sais plus.

J’étais sur l’ancien site bleu. Enfin, je ne parle du site bleu pour adulte. Bref, vous m’avez compris.

Il y avait cette citation d’un tweet. Une citation qui demandait à la personne ayant posté le tweet initial, pourquoi s’attaquait-elle à l’islam et aux musulmans, étant donné qu’elle ne l’était plus ?

Je me suis alors empressé d’aller lire.

C’était une jeune dame qui, effectivement, affichait son dégoût envers cette religion.

Jusqu’ici, rien d’extra-ordinaire. On a le droit de cracher sur une religion.

Là où ça devient épineux, c’est qu’effectivement, cette jeune dame fait une fixette sur cette histoire de religion.

Ses tweets ne sont que le reflet de son souhait de s’émanciper, autant que cela puisse être possible, de la religion de Mohamed.

Je me suis demandé si elle publiait tout ça pour essayer de convaincre les autres ou si c’est pour essayer de se convaincre elle-même ?

Je la comprends.

Vous savez, lorsque vous passez votre vie à être entouré que d’un seul dogme, une seule ligne de conduite, qui a plusieurs moments va à l’encontre de vos propres valeurs, c’est très difficile. Certainement encore plus lorsqu’on est une femme. Nos libertés sont tellement hypothéquées.

Puis, lorsqu’on a enfin eu le courage et la force de s’émanciper de cette religion. D’en sortir. De dire merde à tout le monde et de fuir loin, très loin. Quelque part où on ne sera pas poursuivi et jugé, c’est un Mix d’émotions qui nous submergent.

On a d’abord peur. Peur, parce qu’on se sent seul. Seul face à la société, avec peu de compréhension autour de soi. Mais aussi seul face à l’univers. Le dieu qu’on priait, lorsqu’on se retrouvait dans la merde, bah il n’existe plus…

Ensuite, vient l’envie de vengeance ou de réparation. On a envie que quelqu’un paye pour ce qu’on a subit ou bien que d’autres n’en payent pas le prix.

C’est là où notre chère amie du tweet se retrouve.

Elle a sûrement envie de sensibiliser, mais aussi de narguer ceux qui n’ont pas hésité à lui ôter sa liberté.

Mais, en faisant cela, en utilisant son temps et énergie pour dénigrer une religion que tu accuse d’avoir volé ta liberté, n’es-tu pas entrain de perdre ton temps, énergie et liberté à en parler ?

Que cela soit positif ou négatif, t’es entrain de perdre du temps sur quelque chose qui t’a déjà fait perdre suffisamment de temps.

Tu reste emprisonné de cette chose.

Tu manges un plat, un jour de ramadan, et ton premier réflexe est de faire un tweet pour dire à quel point t’es fière de manger pendant le ramadan ?

C’est que tu laisses encore cette religion régir ta vie. D’une autre manière qu’avant, mais toujours avec le même résultat.

Si tu fais ça en cherchant une vengeance, crois-moi que tu peux attendre. Si tu fais ça en espérant sauver d’autres personnes, crois-moi que celles-ci trouveront le moyen de le faire, si elles en ont envie. Si elles n’ont pas envie, ton engagement ne va pas leur en donner pour autant. Si tu fais ça pour prouver que t’es libre, la liberté commences d’abord dans notre esprit. Si tu ne te sens pas libre mentalement, tu ne le sauras jamais métaphysiquement.

Facilité

Facilité avec laquelle mon cœur se détache de ce monde de brutes. L’impression que tout ce qui m’entoure finira par me détruire si je m’y ouvre.

Les gens, les sons, l’environnement. Tout me semble cancérogène, anxiogène et étouffant.

Je m’en éloigne. Je m’en préserve. Je fais en sorte que ma carapace fasse le taffe. Je ne touche que mes rêves dont je suis sûr de leur bonté. Je ne discute qu’avec les personnes dont je suis sûr que l’impacte me fera aussi mal qu’une feuille d’arbre qui vient se poser sur ma tête. Je ne fréquente que les personnes dont je suis sûr de la fidélité ou de la banalité.

Car j’ai ce sentiment de fragilité, de sensibilité et de doute qui m’accompagnent à chaque interaction. Comme si m’ouvrir à l’autre et les munir d’un pieu pour qu’il me l’enfonce dans le cœur étaient la même chose.

Après tout, les autres ne sont bons qu’à ça. Ils font beaucoup de choses pour être privilégiés, s’assoir au premier rang pour observer ta vie. Mais sans pouvoir en faire quelque chose de productif ensuite. Ils observent, analysent et attendent le moment opportun pour pénétrer ta poitrine avec leur main et t’arracher le cœur, sans visage.

Fût un temps où je m’exposais aux éléments de la nature, comme un nudiste bravant le froid des forêts d’Alaska. Je me laissai transpercé par tout ce qui pouvait m’entourer. Je laissai les diables et les anges danser bien trop près de moi. Je ne m’en souciai pas. Pas que je me pensai imperméable. Mais que je pensai que cette vie était faite pour ça, et quelque part, je continue à croire qu’elle est faite pour ça.

J’ai donc cette sensation de vide qui m’entoure, à chaque occasion que je rate de prendre, à chaque moment où mon cerveau me crie de rester chez moi au lieu d’aller quelque part, à chaque fois que mon corps me crie de rentrer à la maison lorsque je suis dehors, à chaque fois que j’annule quelque chose au dernier moment, à chaque fois que je m’éclipse d’un groupe pour profiter de rien.

J’ai ce sentiment constant qui m’accompagne, qui me demande de rester seul, de me déconnecter, de m’éloigner, de me protéger. Je ne sais même plus de qui ou de quoi est-ce que je me protège. Peut-être que je me protège de moi-même, mais ça sonne trop cliché pour que ce soit ça. Je pense que je me protège de toute mauvaise intention, et dieu sait que les gens en ont en abondance !

Je pense partir du principe que toute personne vient vers nous munie d’abord de mauvaises intentions, en voulant quelque chose. Souvent, c’est quelque chose qu’on n’a pas vraiment envie d’offrir ou que l’on a même pas.

Personnellement, moi on me demande soit du temps, soit de l’argent, soit les deux. De toute manière, je n’ai aucun des deux. Du moins, j’en ai, mais très peu. Même pas assez pour moi-même. Mais cela n’empêche pas les gens, aussi connaisseur soient-ils de ta situation, te le demandent presque en l’exigeant. Comme si ces putes et fils de putes sentaient cela. Comme s’ils sentaient que tu pouvais mettre ton propre bien de côté pour leur faire plaisir. Comme s’ils sentaient cette faiblesse que t’essaye désespérément de cacher. Pauvre trou du cul!

Parce que tu sais qu’au fond de toi, ton indisponibilité lorsqu’ils t’en demandent fera qu’ils seront fâchés. Comme si t’étais redevable. Alors que t’es redevable de rien du tout.

Mais donc, qu’est-ce qui t’effraie?

Bah t’as juste peur d’être abandonné, comme tu l’as souvent été. Alors tu cède, tu écarte les jambes et les laisse gentiment t’enculer, comme une pauvre orpheline qui a peur de se faire quitter par l’homme abusif qu’il l’a sauvé. La seule différence, c’est que toi, ces fils de putes ne t’ont nullement sauvé. Puis, tu les a tellement sauvé, que si tu les laissais crever, l’univers t’en remercierait.

Finalement, ils ne veulent ni ton temps, ni ton argent. Ils veulent ton asservissement. Ils veulent savoir qu’ils peuvent écraser quelqu’un. C’est leur seule source de vie. Leur seule façon de savoir qu’ils existent dans ce monde de brutes.

Alors je me renferme, avec cette facilité dont je parlais. Parce qu’ils peuvent tous crever. De toute manière, tôt ou tard, c’est ce qu’il va se passer.