Le temps se dégage de plus en plus sur cette terre normande. Des semaines et des mois de grisaille sont effacés par le soleil, tandis que je sers des clients mécontents dans un kebab miteux.
Je déteste ce que je fais, presque autant que je me déteste. Je déteste ce que je fais encore plus lorsque mes clients sont des personnes payées à rien foutre, pendant que je les branle, sourire au visage, pour être payé.
Lolita est une jeune fille d’à peine 21 ans, amatrice d’art macabre et de bites. Elle bossait au café d’à côté, lorsqu’elle n’était pas sur les bancs de l’école des arts. Quelle connerie ! Comme si l’art pouvait s’apprendre. Elle aimait bien venir manger un bout chez nous, jouer à qui va râler le plus fort avec le chef, et recevoir des commentaires sexualisés de celui-ci. Moi, je me tenais à distance.
Elle sortait avec un mec plus vieux. Il devait avoir mon âge. Il bossait au bar d’à côté et était raide dingue d’elle. Elle devait avoir une chatte magique, cette petite. Je me tenais loin de lui aussi. Comme ça, si demain je baise sa meuf, il ne va pas râler. Je ne serai qu’un inconnu – parmi tant d’autres – qui aurait baisé sa meuf.
Un jour de fermeture estivale, Lolita ramène sa fraise. Elle veut manger un burger, sans frites. Comme pour surveiller sa ligne. Bien qu’elle soit fine comme une corde à linge, elle avait un petit bidou qui dépassait de son crop-top. C’était mignon. Elle se met à table, juste à côté de moi, pendant que je déjeunais à la fin de mon service. On se tape la discute.
Elle me parle de son art. Elle écrit des poèmes qui commencent souvent par « chatte, bite, poils et couilles ». Pour elle, l’art, c’est choquer en parlant vulgairement. Pour moi, c’est juste une chaudasse. Je fais mine de m’y intéresser et je lui montre ce que je fais comme art : de la musique qui parle de cœurs brisés, de culs et de mouille. Peut-être que je suis aussi une chaudasse.
– On devrait se prendre un verre, vu que vous fermez pour les vacances, là, me dit-elle.
Qu’est-ce que je disais ? Chaudasse.
Vu que je ne le suis pas moins, j’accepte et j’y vais.
Le soir venu, on se pose dehors, en terrasse. Le soleil tarde à se coucher. Elle portait un haut moulant et une jupe qui dépassait à peine ses poils pubiens. On se parle beaucoup, mais de temps à autre, je la voyais ouvrir les jambes, laissant voir sa culotte aux tables d’en face. Peut-être voulait-elle jouer sur plusieurs tableaux. Pourquoi pas ? Elle semble totalement ravagée. Mais j’aime bien.
Voulant rentrer chez elle, après une heure de blabla et de plongées profondes dans les yeux de l’autre, je propose de l’accompagner. Elle n’est pas inintéressante. Elle a une grande sensibilité. La vie l’a baisée plus que tous les mecs – et les meufs – qu’elle a connus.
On arrive chez elle. Elle m’invite à rentrer. Son appart est décoré de dessins et autres œuvres qu’elle a sûrement elle-même faits, vu que c’est pas ouf. Elle se plaint de ses voisins qui ne supportent pas le bruit qu’elle fait, pendant que son chien me baise la patte. Je le caresse. Ça l’excite. Sale cabot.
On continue de se parler, une cigarette à la main chacun, se cherchant un peu et fuyant en même temps. À un moment, je la plaque contre un mur. Ma main sur sa nuque, l’autre au-dessus de sa tête. Nos yeux plongent l’un dans l’autre, et on se parle dans la bouche de l’autre.
– C’est pour ça que t’es venu jusqu’ici, non ? me dit-elle.
– Non, c’était pour que tu rentres en sécurité, ai-je répondu.
– Menteur. Pourtant, au kebab, tu me parles à peine.
– Tu ne trouves pas que t’as déjà assez de langues qui te lèchent le cul ?
– Apparemment, non, répond-elle, juste avant de plaquer ses lèvres contre les miennes.
S’ensuivirent des échanges langoureux de baisers, de tirages de cheveux, de vêtements, de griffes, de bave, de morsures… jusqu’à ce que je la couche sur un énorme pouf qu’elle avait dans son salon. Déjà à moitié à poil, je mets sa culotte sur le côté et je plaque ma bouche contre sa chatte, aussi brillante et lisse soit-elle.
Les premières secondes de ce cunni étaient silencieuses, presque suspicieuses. D’habitude, il y a des débuts de gémissements, un rythme qui s’accélère, une respiration qui change de tempo… Là, rien. Puis, soudain : « Aaaaahhhhhhhhhhh ! » Un cri à la fois fort et aigu sort enfin de sa bouche. Mon cerveau ne comprend pas grand-chose. Ma langue comprend qu’il faut continuer.
Elle avait des gémissements dignes d’une gamine. C’était très troublant. En même temps, je venais de comprendre ce que lui reprochaient ses voisins.
Mes bras entourant ses jambes, je continuais à lui lécher l’abricot comme si ma vie en dépendait. Ses cris ne faisaient qu’augmenter mon plaisir et la taille de mon sexe. Je dégage mon bras droit, je mets en crochet mes deux doigts et je les glisse le long de sa chatte jusqu’à agripper l’intérieur de son clitoris. Je remue à vitesse progressive, tout en gardant ma langue plaquée sur l’extérieur de son clito. Les cris ne baissaient pas.
Je maintiens ainsi jusqu’à atteindre une vitesse qui compliquait le multitâche dont je faisais preuve. Je décolle ma langue pour me consacrer uniquement à mes doigts. J’entends le bruit du liquide et je le sens au bout de mes doigts. Je les retire, je frotte son clito de l’extérieur, jusqu’à ce qu’un jet de liquide m’arrive sur le torse et sur le bout des lèvres. Le tout, accompagné d’un cri de libération.
Les jambes tremblantes, repliées sur elles-mêmes. Les yeux fermés. Le sourire de satisfaction gravé sur son visage. Je la laisse se remettre de ses émotions, tandis que je m’assois sur la chaise à côté, une clope au bec.
Je contemplais le ciel au crépuscule, tout en la sentant arriver devant moi sur ses genoux. Elle me prend en bouche pendant quelques secondes, puis me dit en me fixant dans les yeux :
– T’es doué, tu sais ?









