Facilité

Facilité avec laquelle mon cœur se détache de ce monde de brutes. L’impression que tout ce qui m’entoure finira par me détruire si je m’y ouvre.

Les gens, les sons, l’environnement. Tout me semble cancérogène, anxiogène et étouffant.

Je m’en éloigne. Je m’en préserve. Je fais en sorte que ma carapace fasse le taffe. Je ne touche que mes rêves dont je suis sûr de leur bonté. Je ne discute qu’avec les personnes dont je suis sûr que l’impacte me fera aussi mal qu’une feuille d’arbre qui vient se poser sur ma tête. Je ne fréquente que les personnes dont je suis sûr de la fidélité ou de la banalité.

Car j’ai ce sentiment de fragilité, de sensibilité et de doute qui m’accompagnent à chaque interaction. Comme si m’ouvrir à l’autre et les munir d’un pieu pour qu’il me l’enfonce dans le cœur étaient la même chose.

Après tout, les autres ne sont bons qu’à ça. Ils font beaucoup de choses pour être privilégiés, s’assoir au premier rang pour observer ta vie. Mais sans pouvoir en faire quelque chose de productif ensuite. Ils observent, analysent et attendent le moment opportun pour pénétrer ta poitrine avec leur main et t’arracher le cœur, sans visage.

Fût un temps où je m’exposais aux éléments de la nature, comme un nudiste bravant le froid des forêts d’Alaska. Je me laissai transpercé par tout ce qui pouvait m’entourer. Je laissai les diables et les anges danser bien trop près de moi. Je ne m’en souciai pas. Pas que je me pensai imperméable. Mais que je pensai que cette vie était faite pour ça, et quelque part, je continue à croire qu’elle est faite pour ça.

J’ai donc cette sensation de vide qui m’entoure, à chaque occasion que je rate de prendre, à chaque moment où mon cerveau me crie de rester chez moi au lieu d’aller quelque part, à chaque fois que mon corps me crie de rentrer à la maison lorsque je suis dehors, à chaque fois que j’annule quelque chose au dernier moment, à chaque fois que je m’éclipse d’un groupe pour profiter de rien.

J’ai ce sentiment constant qui m’accompagne, qui me demande de rester seul, de me déconnecter, de m’éloigner, de me protéger. Je ne sais même plus de qui ou de quoi est-ce que je me protège. Peut-être que je me protège de moi-même, mais ça sonne trop cliché pour que ce soit ça. Je pense que je me protège de toute mauvaise intention, et dieu sait que les gens en ont en abondance !

Je pense partir du principe que toute personne vient vers nous munie d’abord de mauvaises intentions, en voulant quelque chose. Souvent, c’est quelque chose qu’on n’a pas vraiment envie d’offrir ou que l’on a même pas.

Personnellement, moi on me demande soit du temps, soit de l’argent, soit les deux. De toute manière, je n’ai aucun des deux. Du moins, j’en ai, mais très peu. Même pas assez pour moi-même. Mais cela n’empêche pas les gens, aussi connaisseur soient-ils de ta situation, te le demandent presque en l’exigeant. Comme si ces putes et fils de putes sentaient cela. Comme s’ils sentaient que tu pouvais mettre ton propre bien de côté pour leur faire plaisir. Comme s’ils sentaient cette faiblesse que t’essaye désespérément de cacher. Pauvre trou du cul!

Parce que tu sais qu’au fond de toi, ton indisponibilité lorsqu’ils t’en demandent fera qu’ils seront fâchés. Comme si t’étais redevable. Alors que t’es redevable de rien du tout.

Mais donc, qu’est-ce qui t’effraie?

Bah t’as juste peur d’être abandonné, comme tu l’as souvent été. Alors tu cède, tu écarte les jambes et les laisse gentiment t’enculer, comme une pauvre orpheline qui a peur de se faire quitter par l’homme abusif qu’il l’a sauvé. La seule différence, c’est que toi, ces fils de putes ne t’ont nullement sauvé. Puis, tu les a tellement sauvé, que si tu les laissais crever, l’univers t’en remercierait.

Finalement, ils ne veulent ni ton temps, ni ton argent. Ils veulent ton asservissement. Ils veulent savoir qu’ils peuvent écraser quelqu’un. C’est leur seule source de vie. Leur seule façon de savoir qu’ils existent dans ce monde de brutes.

Alors je me renferme, avec cette facilité dont je parlais. Parce qu’ils peuvent tous crever. De toute manière, tôt ou tard, c’est ce qu’il va se passer.

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