Je pose mon pied en haut de la dernière marche. Une odeur de souffre me saute à la gorge. Une image de phallus géants me saute aux yeux. Où suis-je ?
Paris La Défense, bien sûr !
Je n’aime pas croiser cette ville dans mes itinéraires. Pourtant toutes les personnes que j’aime, dans ce bout de terre qu’est la France, vivent ici. La plupart disent aimer y vivre, j’y crois peu quand je vois leur visage.
Ce n’est pas les seuls visages qui me parlent, à la sortie de Jules Verne. Je marche jusqu’au café Westfield, aussi dégueulasse soit leur café, c’est le seul ouvert à des kilomètres à la ronde.
La queue est énorme -je ne parle pas de la mienne-. J’attends, en observant brièvement les gens. Lorsque je m’ennuie, ils peuvent parfois m’intéresser. Lorsqu’ils m’intéressent, je fini par m’ennuyer.
Alors, c’est pas qu’ils m’intéressaient, mais leur comportement me surprenait. Les formules de politesse ne sont posées que parce qu’elles sont de coutumes. Elle ne contiennent aucune sincérité. Les employés sont vus comme des déchets à écraser. Autant par l’employeur que par les clients. Les gens sont hautains, alors que s’ils étaient kidnappé demain, personne ne payerait leur rançon. Ils ne valent pas un sou.
Je fais ma commande, le serveur est au bout de sa vie. Il se demande ce qu’il a bien pu faire pour se retrouver à neuf heure du matin, à La Défense, à servir des cadavres en costard cravate, en supportant les brayements d’une collègue vraisemblablement castratrice. C’était écrit dans ses yeux. Pauvre malheureux.
Je prends ma commande, le remercie en lui souhaitant un bon courage. Je m’installe en terrasse et j’observe.
Je continue cette observation que j’avais déjà entamé. Je regarde autour de moi; des imbéciles en cravate qui se croient à Wall Street, des malheureux avec leur maison sur leur dos qui speedent pour arriver à temps, des jeunes stagiaires à la tenue soignée, des personnes qui font le ménage, des personnes qui chauffent les bancs.
Aucun sourire.
Aucun visage n’affichait un quelconque sourire, une quelconque nuance de joie, un début de quelque chose. Il respiraient et transpiraient la mort.
En vrai, je suis de mauvaise foi. Il y avait bien quelqu’un qui souriait. Il souriait, riait, criait. Il était joie.
Il était également super délirant, se parlant à lui-même et aux autres. Tantôt connecté à ceux qui l’entourent, tantôt s’y protégeant en restant dans sa coquille. Mais sa coquille semblait joyeuse.
J’en suis venu à la conclusion que pour survive dans ce monde de fou qu’est Paris et ses environs, t’es obligé de te déconnecter de celui-ci. Autrement tu laisse ton cerveau se faire absorber par le rêve capitaliste qui ne t’offre en retour quargent fictif et limité.
Le seul moyen d’être heureux pour ces personnes c’est de s’émanciper de cette réalité. Devenir fou, comme on dit. Se créer ses propres délires, ses propres visions, son propre monde qui parfois s’ouvre à celui des moldus, en demandant une clope, une pièce ou autre, comme pour leur rappeler pourquoi ils déconnectent en se confrontant à la froideur et l’indifférence leurs interlocuteurs.
J’ai continuer mon chemin, en écoutant les délires du monsieur qui s’éloignaient. Je ne suis que de passage dans ce gouffre parisien. Bientôt il n’existera plus dans mon esprit.









