Et on été là. Nus comme des vers. Allongés sur mon lit. Amorphes. Reposés et épuisés. Contents et anxieux. Satisfaits et excités. Amoureux et détestant ce qu’on ressentait.
Son bras autour de mon torse, sa tête reposée sur mon téton. Ma main pénétrant sa chevelure brune étincelante. Ma bouche lui murmurant des insanités.
On été là. Apeurés et en sécurité. Frustrés et soulagés. Rigides et pensifs. Heureux et angoissés.
Je lui parlais de ma vision de la vie et elle la partageait. Je lui parlais de ma vision de l’amour et elle y adhérait. Je lui parlais de ce qu’elle m’apportait et elle s’étonnait. Je lui disais à quel point sa présence m’apaisait et elle n’en était pas persuadée. Mais quand je lui disais que je l’aimais, elle faisait preuve de réciprocité.
On été là. Au dessus de mon lit mouillé, qu’elle a joliment souillé. J’y ai participé. J’en suis autant responsable qu’elle. Mais à ce moment là, c’était le dernier de nos soucis. Ce qui nous préoccupait était ce qu’on ressentait. Cette relation borderline qui n’avait pas de cadre, qui correspondait à ce qu’on cherchait, mais qui nous effrayait comme jamais.
On avait si peur de toucher le bonheur, d’y goûter, de le partager. Car on n’a jamais appris à croire aux happy endings. Ce qui arrive après le bonheur, c’est la redescente. C’est les doutes. C’est la réalité crue. On n’avait pas envie d’y toucher. On voulait que cet instant stagne et qu’il dure dans le temps.
Ce sentiment. Celui d’avoir quelqu’un qui te comprend. Quelqu’un qui te vois sous ton pire visage et qui ne te voit pas comme un monstre. Celui à qui tu confie tes pires secrets et qui les garde pour lui sans te juger. Celui à qui tu raconte ta pire honte et qui vient la voiler d’un drap salvateur.
C’est difficile d’y croire. Difficile d’y accorder davantage d’importance ou d’oser y plonger. On a été trop bercés par la malhonnêteté. On a été trop baignés dans la toxicité. On a été trop enculés par la société. Comment voulez vous qu’on accorde une chance à ce mirage ?
Mirage, miracle, je ne sais plus. Peut-être même un nuage. Un nuage qui vient ébranler notre amitié. Il n’y avait plus de retour en arrière depuis le moment où je l’avais pénétré. C’est marche, crève ou gare toi sur le côté.
On se gare souvent sur le côté. On essaye de trouver le bonheur ailleurs, mais c’est nos fantômes du passé qui nous accueillent au portail. On se croit plus malins que les autres, mais au fond on s’interdit le bonheur. On s’interdit le confort. On préfère se faire bercés, baignés, puis enculés par la malhonnêteté et la toxicité de la société.
Alors aujourd’hui, je ne sais plus ce que l’on est. Des amoureux, des amants, des amis, des ex, des ex plan cul, des ex amis… Mais en vrai, est-ce réellement important ? Ce qui est important c’était ses cris lorsque je la pénétrait, mes gémissements lorsqu’elle me mordait, nos échanges, nos échanges de salive, nos siestes, nos balades, nos cigarettes qu’on partageait sur mon balcon, le temps passé ensemble à fixer le plafond.
Le reste, ce n’est vraiment pas important.








