Et je lui fais mes adieux à nouveau.
J’ai l’impression que cette scène se joue pour la millième fois. Toi qui t’en vas, moi qui a envie de te demander de rester, sans aucun argument pour te retenir. Toi qui t’en vas, moi qui ne sait pas si ce sera la dernière fois, comme à chaque fois. Toi qui t’en vas, moi qui a envie de te serrer fort dans mes bras, pour avoir ton odeur sur moi.
Je connais ce sentiment. J’ai vécu dans l’ombre de ce sentiment bien top longtemps et j’ai l’impression qu’il ne subit pas les affres du temps, qu’il va se glisser entre nous éternellement.
Tu pars à nouveau, mais je ne t’en veux pas. J’en veux à cupidon. Oui, tu as bien lu. Cupidon. Cupidon, le peut imbécile aux ailes de pigeon. Cupidon, ce petit con. Cupidon, ce petit gros court sur pattes. Cupidon mérite la prison. Indéfiniment.
Je ne sais pas pourquoi il a décrété que les humains devaient s’aimer ? Qu’on devait sombrer dans l’âme de quelqu’un jusqu’à y perdre la nôtre. Se perdre dans l’autre comme si notre existence n’avait point de nécessité, de signification, sans cet être aimé.
Je ne comprendrai jamais ce mécanisme qui a fait que les êtres humains puissent se lancer, sans la moindre assurance, dans la plus inexistante des sérénités, dans une quête d’une personne dont ils ne sont même pas sûrs d’avoir sa gratitude, son attention et son respect en retour. On se jette, comme les gros cons que nous sommes -et moi le premier- à cœur perdu, à bras ouverts, à gilets défaits, la tête la première dans un océan encore plus profond que l’atlantique.
On se jette dedans, tout sourire, comme si on venait de faire un acte héroïque, comme si on était sur le point de découvrir la cité perdue de l’Atlantide. Alors que notre destin est scellé, demeurant dans les mains de la personne qu’on a osé aimer. Sommes nous fous ou simplement désespérés ?
Ceci, chers amis, est un pur acte de foi. L’amour est un acte de foi. L’amour, c’est nager en eaux troubles, en plein brouillard avec comme seul guide son instinct. L’amour, c’est se réveiller chaque matin la boule au ventre, avec un cratère de la taille de ma couille gauche au milieu du cœur. L’amour, c’est vivre tout le temps avec l’incertitude et la peur de fermer les yeux bien trop longtemps, assez longtemps pour perdre de vue notre objectif. L’amour c’est se sentir paralysé dans les situations les plus excitantes. L’amour c’est s’en foutre des situations les plus humiliantes. L’amour c’est ne pas avoir d’appétit, même lorsqu’on a faim. L’amour c’est s’égarer en empruntant le même chemin.
L’amour est un sentiment plus proche de la pathologie que de la raison. Pourtant, on me dit dans l’oreillette que l’amour est le plus beau des sentiments.