Bon, bref. Ce matin c’était un petit peu calme. Mis à part ma voisine kabyle qui brayait avec mon autre voisine marocaine, c’était plutôt calme. D’ailleurs je me demande pourquoi elles n’ont jamais envisagé une carrière de comiques ? Elles qui, apparement, ont tout le temps quelque chose de drôle à se dire.
Ceci mit à part, c’était calme. Je me suis réveillé, nu, enroulé dans mes draps comme une crevette dans de la béchamel. Premier réflexe, je saisi mon téléphone. Quelques notifications par ci et par là, des messages, mais ce n’est pas important. On est le cinq juillet. Ce qui coïncide avec la date d’anniversaire de la présumée indépendance de l’Algérie. Je dis présumée, car je ne la vois nul part cette indépendance. Mais les gens aiment bien croire à ce dont ils aiment croire.
Ce qui fait que mon fil d’actualité est plein de publications qui portent sur ce sujet. A tel point qu’il m’est impossible de les ignorer. Je ne comprend pas cet amour des algériens pour le symbolisme. Les slogans, les dates, les noms, les lieux… ils idolâtrent des symboles. On dirait des descendants de Quraïchites. Pourquoi est-ce que personne -ou presque- ne s’intéresse aux choses concrètes ?
Concrètement, qu’est-ce que cette pseudo indépendance a apporté à l’Algérie ?
Une crise identitaire monstre. Alimentée par les premiers présidents qui ont engagé des centaines d’éboueurs égyptiens qui ont débarqué en Algérie pour s’y transformer en profs, dans le seul et unique but d’engager une éducation nationale strictement arabe et ainsi essayer d’étouffer toutes les autres origines amazighs qui s’y trouvaient. Suivi d’un déni de l’histoire ancienne de ces terres, des vraies idoles du passé : Massinissa, Dihya, Juba, Aksel… remplacés par des pseudos héros qui n’ont fait que servir les colons. Je n’en citerai qu’un, l’Emir Abdelkader, car le simple fait de l’écrire m’a obligé à vomir ce que j’ai mangé au petit déj. De cette crise identitaire sont nés des conflits identitaires à cause des revendications des autochtones qui se sont vus réduire au rang de blédards insignifiants, leur langue et culture au rang de folklore urbain et leurs enfants au rang d’exilés politiques ou de cibles mouvantes pour les gendarmes.
S’en est suivi des crises économiques importantes et qui perdurent encore à l’heure actuelle. Vivant en France, je peux aisément faire le contraste entre la France, un pays qui n’a absolument aucune ressource naturelle, ni humaine comparé à l’Algérie, avec son pétrole, gaz, énergie solaire, fer, zinc, superficie, pêcherie, sites touristiques… Pourtant la France est au rang de puissance mondiale et l’Algérie encore dans un rang de pays tiers-mondiste. Vous êtes sûrs que l’indépendance s’est opérée ?
Je continue de défiler dans mon fil d’actualité, pour sombrer encore plus, à la rencontre des schizophrènes du nationalisme. Les gens qui aiment l’Algérie plus que tout. Ceux qui sont à deux doigts de te tuer lorsque tu leur parles du MAK. Ceux qui sont, une fois par semaine, dehors, à crier « One Two Three ! Viva l’Algérie ! », haut et fort, un dimanche… à République. A Paris. En France. Ah la schizophrénie !
J’aime l’Algérie, mais de loin. Je l’aime, mais je n’y vis pas. Je l’aime, mais je préfère vivre chez les ex-colons. J’aime la « horma », la pudeur algérienne, mais je préfère vivre au pays des « kuffar ». J’aime l’Algérie, le dimanche seulement. Le lundi, je me lève à six heure du matin pour faire un boulot minable qui contribue à enrichir l’économie française. J’aime l’Algérie, à en mourir. Le sang des chouhadas bon sang ! Mais je paye mes impôts en France. J’aime l’Algérie bordel de Dieu ! Je chante Qassaman en pleurant comme un bébé abandonné par ses parents, mais peut-être que je pleure de culpabilité, car je ne suis en Algérie qu’un mois par an.
En gros, métaphoriquement, vous aimez votre mère, mais vous habitez chez la voisine. Vous aimez votre mère, mais quand vous faites les courses, vous les faites pour la voisine. Bref, tout comme votre nationalisme, votre amour est symbolique.