La journée commence bien. Il est midi passé et mes paupières viennent à peine de se détachées. J’imagine que la nuit a été longue et mouvementée, mais je ne m’en souviens pas encore. Il me faut certainement un autre verre pour redresser mes idées.
Cette chambre n’a pas de rideaux, le soleil me brule les yeux chaque matin que Bouddha fait. L’oreiller que je colle à mon front ne m’aide pas plus que ça. Je me suis promis de m’acheter un cache-yeux, il n’en est rien. Je me suis promis de reconquérir son cœur, il n’en est rien. La quasi-totalité du temps, je procrastine ma vie.
Je traine un pied devant l’autre jusqu’au lavabo. Je me lave le visage, puis jette un coup d’œil dans le miroir. Les yeux à peine ouverts, il m’était impossible de rater mes cernes qui m’arrivaient jusqu’aux pieds.
Je prends une autre bière, je la décapsule et je me prend une bonne rasade dans la gueule. Quelques gouttes dégoulinent le long de mes lèvres avant que je les efface avec mon poignet. Il pleut, encore. Moi qui avait rendez-vous à l’autre bout de la ville avec une ex que je n’avais pas revue depuis septembre.
Cinq minutes de marche. BUS. Métro. Cinq autres minutes de marche. J’y suis. Je l’appelle en faisant les cent pas et en regardant vers sa fenêtre. Elle décroche.
– Allô !
– Oui, Chloé. Sors, je suis devant chez toi. Mais laisse ton gros chat à l’intérieur, s’il te plait.
– Il ne t’aime pas de toute manière.
– Bah écoute, c’est réciproque. Aller, fais vite. Je me les gèle.
La porte s’ouvre, Chloé sort. Je ne sais pas ce qui se passe, si cela est une loi universelle ou un mécanisme qui se déclenche dans notre tête, mais on passe un long moment à ne pas s’intéresser à une personne et dés que celle-ci se met en couple, qu’elle devient inaccessible, elle devient deux fois plus attirante.
Peut-être que c’est vrai, qu’elle est devenue tout simplement plus jolie. Comme cela est peut-être dû au fait que nous soyons tous des putain de pervers narcissiques qui croient que le monde tourne autour de notre bite et qui pleurnichent dés que quelqu’un joue avec ce qu’on croyait être notre joujou. Mais c’est trop tard.
Chloé se met à me raconter sa vie. C’est pas que cela ne m’intéresse pas, au contraire. Mais je pensais plus au goût que pouvaient avoir ses lèvres. Merde. Je n’avais plus droit d’y toucher.
On finit de se raconter nos nouvelles, il se fait déjà tard. Je lui fais la bise et décide de rentrer, la queue entre les jambes. Cinq minutes de marche. Métro. Supérette. Pack de bières. Bus. Cinq autres minutes de marche. Je suis chez moi.
Je me déshabille. Je me mets au lit en caleçon, une bière à la main, le reste du pack à portée de main. Je me met à téter cette bouteille comme un nourrisson qui se fait allaité.
Je ferme les yeux, je prie les Dieux que cette vie sera accompagnée d’une autre. Je prie d’être réincarné pour pouvoir poursuivre cette vie que j’ai remis au lendemain.