Les vendredis d’Alger sont chauds, mais me font froid dans le dos. Le midi, il y a des odeurs de repas, de soupers qui envahissent les minuscules appartements des longs immeubles datant de l’époque coloniale. Le vendredi, on se laisse aller, on se lève tard, pour la plupart.
Parfois, on est réveillé par une pagaille semée au bas de la rue. D’autres fois, on est bercé par notre sommeil jusqu’aux premiers versets entonnés par l’imam de la plus proche mosquée. Les immeubles sont pratiquement collés les uns aux autres, souvent, on entend tout. C’est bonne chose que de parler bas, d’éviter de crier, malgré la frustration que peut générer la vie dans un espace aussi confiné. D’autres fois, on s’en cogne ! On laisse exprimer ses frustrations, on les rejette sur l’autre, peu importe si c’est vraiment sa faute.
Le midi, un noeud se tord dans le creux de mon ventre. Ce noeud vient serrer une grosse boule d’angoisse qui émane de l’atmosphère qui règne dans l’air. Les gens qui pullulent, se rassemblent, forment des groupes, vêtus de djellaba, munis de tapis de prières et marchant le long de la rue telle une armée pacifique, vers le même endroit. L’imam qui appuie sur le champignon, dresse le ton et augmente le volume de son micro. Ce mélange me fait remonter la boule d’angoisse jusqu’au fond de ma gorge, me donnant sensation de m’étouffer.
Peut-être que ce qui me crée cette sensation d’angoisse c’est les histoires que racontent ces mêmes rues, de décennies pas plus vieilles que moi, de personnes pas aussi différentes que celles qui viennent de passer sous mes yeux, mais qui à force de prier, de s’enfoncer dans la foi, de ne voir -façon de parler- que leur Dieu ont fini par se radicaliser, jusqu’à vouloir exterminer tous ceux qui ne les accompagnaient pas dans leur maudit chemin doré. Ces rues ont été trouées par beaucoup de balles, ont accueilli beaucoup de cadavres, absorbé beaucoup de sang à cause du fanatisme, de la religion.
Je croyais que les gens avaient retenu les leçons. Je croyais qu’Alger avait fait la paix avec elle-même. Car, Alger avait repris de belles couleurs au début du siècle. Elle avait renoué avec la vie. C’était devenu un lieu luxueux où venaient s’amuser les algériens les plus huppés. De grands noms de la musique électronique ont fait leur beurre dans les hôtels et boîtes de nuits d’Alger.
Malheureusement, les patrons d’en haut, ceux qui sont tellement haut dans la hiérarchie qu’ils se trouvent entre le soleil et l’arche de Dieu, ont jugé qu’il serait judicieux pour eux que de remettre la religion au devant de la scène, pour faire en sorte que la population se focalise sur la vie après la mort, oubliant ainsi la vie pendant la vie.
Une écriture réaliste; qui reflète le vécu algérien. Contemporaine, elle traite l’actualité. Un écrivain engagé pour une cause, chose qui se comprend parfaitement dans le dernier paragraphe… Ce genre de texte montre que l’écrivain a un grand potentiel.
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