L’étranger. Je ne parle de celui d’Albert Camus. Je ne l’ai même pas lu, tiens. Pourquoi ? Certainement parce que toute personne qui cherche à se cultiver, ou du moins à démontrer aux autres qu’elle cherche à se cultiver, prend ce livre, le lit, puis vient nous bassiner avec des citations tirées de ce bouquin. Aller, laboure ta grand mère dans une grotte à peine éclairée et laisse Albert reposer en paix.
L’étranger, c’est quelqu’un qu’on connaît, désormais. C’est parfois un éboueur, parfois un PDG. Parfois un serveur, parfois un ouvrier. Parfois un livreur, parfois un boulanger. L’étranger vit dans la peur. La peur d’être rejeté par sa nouvelle société. La peur d’être oublié par la société qui l’a vu prospérer.
L’étranger est d’abord étranger à lui-même. Tiraillé entre ce qu’il veut être et ce qu’il est. Entre ce qu’il aspire à devenir et ce qui fait sa personnalité. A-t-il une personnalité ? Selon Marine LePen- que Satan lui brûle les tétons- il n’en a pas. Il est là pour piller, souiller et violer.
L’étranger, parfois, dort sans avoir pu manger. L’étranger, parfois, n’arrive pas à dormir. L’étranger, d’autres fois, n’a pas où dormir.
L’étranger, lorsqu’il arrive à trouver à manger, lorsqu’il arrive à trouver où dormir et lorsqu’il arrive enfin à dormir, fait des rêves où il est adopté par sa nouvelle société. Élevé au rang d’humain. Aimé par ceux qui le craignent et ceux qu’il craint.
L’étranger, d’autres fois, après avoir trouver à manger, trouver où dormir et réussi à dormir, fait des cauchemars. Des cauchemars où ceux qu’il a aimé, ceux qui partagent le même sang que lui, meurent. Ils meurent sans qu’ils puissent les voir, les en empêcher, ni même mourir avec eux. Il sursaute, dans des draps trempées par sa sueur, comme si une femme fontaine venait d’y ejaculer.
L’étranger s’allume alors une cigarette, les yeux éclatants de luminosité, comme si les larmes s’y étaient éjourné sans s’en échapper, en pensant aux heures qu’il lui reste pour s’endormir avant d’aller charbonner dans un boulot où il est accusé d’avoir voler le poste à quelqu’un qui l’avait plus mérité, simplement parce que cette personne est native, contrairement à l’étranger.
L’étranger s’endort alors, la main sur le cœur, essayant de se faire pardonner d’avoir abandonner ceux qu’il aime, ou du moins, ceux qu’il a jadis tant aimé et qu’il ne reverra peut-être plus jamais.