Je parlais à une fille hier. Je ne sais pourquoi, elle m’a lancé un « Il faudrait dormir, monsieur ». A vrai dire, je sais très bien pourquoi elle m’a dit ça. Elle s’est fié à mes cernes. Je ne trouve pas que mes cernes soient exécrables. Mais ils sont là, à pandouiller comme des couilles pas encore vieilles.
J’ai énormément de mal à m’endormir. Énormément de mal à me réveiller également. Certains trouvent cela facile. Ils peuvent s’endormir dans les transports, au milieu d’une conversation… J’avoue que l’exil c’est fatiguant. L’Europe est un continent fatiguant. Il a toujours demandé plus que ce que les gens pouvaient lui donner. Les gens qui somnolent à côté de moi dans les transports me font énormément de peine.
Néanmoins, ma capacité à m’endormir dépend de plusieurs paramètres. Il faut que mon cerveau soit dans un état second. Mais je ne touche plus à la drogue et l’alcool ne m’enchante pas davantage. Alors je me fatigue les méninges à essayer d’anticiper des scénarios futurs. J’imagine que tout le monde fait ça. Que tout le monde galère à dormir.
Ce que je déteste le plus, en plus du fait de dormir tôt, c’est être dérangé durant mon sommeil.
Il suffit de peu pour que mon sommeil s’évapore.
Pourtant, ce matin, mon pote et voisin à tapé à ma porte. J’ai paniqué. Je venais d’entamer ma troisième heure de sommeil. Je pensais qu’il y avait le feu dans l’immeuble.
Mais non, il était seulement rentré de soirée, bourré et avait besoin d’une clope.
J’ai serré.
Il y a pourtant un écrito bien clair sur ma porte qui dit « veuillez ne frapper à ma porte qu’en cas d’extrême urgence ». EXTRÊME URGENCE, bordel de dieu de merde !
Mais ce n’est pas la p’tite clope qui m’a dérangé, mais ce qui allait suivre.
Je n’ai évidement pas réussi à trouver sommeil, pendant quelques minutes, puis quelques heures. Alors que j’étais mort de fatigue physique. Mais surtout mentale.
Je ne peux pas enchaîner plusieurs heures sans dormir. Je ne peux pas accepter la réalité de manière continue. Il me faut un break. Il me faut mon échappatoire. Il me faut mes petites heures de rêves et de cauchemars, où le fantasme peut prendre forme et me faire évader durant quelques secondes. Sans cela, je deviendrai fou. Et peut-être que je suis déjà fou. Peut-être que la réalité est déjà assez éprouvante pour moi. La vie, la loi, la société, les gens, le travail, les études, l’amour, le sexe, l’infidélité, la famille, les amis, les boîtes de nuit… Vous croyez que je peux encore survivre combien d’années avec tous ces fléaux ?
J’ai déjà fuis une fois. L’exil. L’étranger. L’inconnu. Vais-je fuir toute ma vie ? Vers où ? En Alaska ? Il y a des lois là-bas. Sur une île ? Laquelle ? De quel droit ? Mon seul échappatoire est ma main droite et mon imaginaire quand je dors.
En priant que celui-ci ne soit actif que lorsque je dors. La réalité est assez pourrie pour que mon imaginaire soit tenté de venir squatter à jamais. Me faire déborder et créer une réalité alternée où ces fils de putes ne pourront pas me rattraper.
Et peut-être que c’est déjà le cas. Peut-être que je vis dans mon imaginaire depuis un bon moment et que je ne m’en rend pas compte. Je n’ai pas de totem, comme dans inception, pour savoir où je suis vraiment.
Entre temps, je continue à alterner entre mon sommeil et la dure réalité, tout en priant pour que celle-ci ne soit qu’un cauchemar.