Je marche dans la rue et je ressens la fraîcheur qui se faufile entre mes vêtements et ma peau, comme des milliards de mini fourmis qui viennent envahir mon corps. C’est l’automne. C’est la saison.
Je marche dans la rue et je ressens le froid qui envahit mes narines, pénétrant mes sphincters et faisant jaillir des images mentales de souvenirs pas si lointains.
Je me demande ce qui se serait passé si j’avais pris d’autres décisions. Je ne sais pas pourquoi ça m’a fait pensé à cette femme. Certainement parce que l’année dernière, au même moment, on se parlait encore.
Je crois qu’au même moment, l’année dernière, Macron obligeait les français à se reconfiner encore une fois. Cela ne me convenait pas, cette fois-ci. Du moins, ça me mettait très mal à l’aise. Des souvenirs surgissaient, des blessures refoulées du premier confinement qui m’avait tellement fait souffrir. Non pas parce que j’étais obligé de rester chez moi. Mais parce que j’avais vécu une rupture amoureuse extrêmement douloureuse, sur plusieurs mois, suivie d’une dépression très forte, sur plusieurs semaines, qui m’a souvent vu affalé sur le sol à souhaiter que la mort me tende les bras.
Ce confinement numéro deux a fait ressurgir cela et m’a projeté dans le premier confinement, s’en est suivi une projection sur ma situation actuelle. Un flou s’est installé dans ma relation toute fraîche et encore non définie avec Natalia. Bien que rien ne soit encore acté, elle me semblait être une femme qui cherchait à se poser. Elle m’en donnait envie, mais j’étais encore très fragile. Très peureux. Les plaies encore pas cicatrisées.
Il m’a fallu très peu pour déclencher ma paranoïa, faire un transfert de mes incertitudes liées à mon ancienne relation sur celle-ci. Alors qu’elle n’avait rien demandé. J’ai fuis. Je me suis barricadé dans ma coquille. Elle n’a jamais réussi à me le pardonner.
Ce froid m’y a fait repensé. Je ne pense pas souvent à elle. Mais quand je le fais, je le fais avec tendresse. Je n’ai pas vécu de mauvais moments avec elle. A vrai dire, je n’ai vécu que des bons moments avec elle; la difficulté qu’on a eu à se parler par messages, notre premier rendez-vous, l’interminable prisionier d’azkaban, sa réticence à me laisser l’embrasser, les minutes infernales qu’on a passer à se chauffer sans se déshabiller, la première fois que j’ai posé ma langue sur sa chatte légèrement poilue, son premier cri, mon premier grognement, le bruit infernal que mes voisins devaient supporter, son premier orgasme, son deuxième, son troisième, mon premier orgasme, notre première douche ensemble, notre première cigarette ensemble… Une nuit.
Une nuit où tous les deux étions la main sur le frein. Jusqu’au matin. A se raconter raconter tout et rien, à essayer de ne pas succomber.
Puis d’autres bons moments ont suivis. Elle m’a présenté ses amis. Qui étaient très drôles et bienveillants envers moi. Elle m’a fait découvrir de belles chansons aux rythmes Latinos. Elle m’a raccompagné en voiture. M’a embrassé tendrement.
Puis une deuxième nuit, des taquineries. La seule femme en France qui a pour habitude de jouer avec ses mains si elle t’aime bien. J’ai trouvé ça étrange, mais familier. Puis encore des embrassades, encore des attouchements désirés, encore de la salive, de la sueur, des étranglements, des cris, de la passion, de la mouille, des grognements, des orgames et de la satisfaction.
Tout se passait bien. Puis, il y a eu ce foutu confinement.
C’est là que tout à basculé pour moi. Mes démons m’ont rattrapé. Mes peurs m’ont envahi. Je n’ai pas su contrôler le dérapage et c’était déjà fini, avant même que ça aille commencer.
Mais on s’est pas totalement éloignés. On a fini par se rapprocher à nouveau, la veille de mon anniversaire. Le hasard a fait en sorte que je passe la nuit chez elle à regarder un film dont je ne me souviens même plus. Mais je me souviens que toute la soirée a été fournie de taquineries à mon sujet, de nouvelles nous concernant et concernant nos proches. Elle peut enrober des taquineries d’une couche de bienveillance qui me rendent faible et sensible à ses charmes.
Elle m’a invité à rester dormir et je n’ai pas su dire non. Elle m’a invité à lui faire un massage et je n’ai pas su dire non. J’ai essayé de retirer son bas, Mais elle m’a dit non.
Alors j’ai essayé de dormir. Collé à elle. C’était peut-être pas une brillante idée, parce qu’on a fini par s’embrasser, puis s’enlasser, puis enlasser nos jambes et les croiser pour danser toute la nuit sous le rythme du sexe de retrouvailles.
Elle a mouillé plus qu’une nape placée sous un jet d’eau. Je lui ai fait l’amour plus longtemps que le film Cloud Atlas. C’était encore une fois intense et la jouissances simultanée qui a ponctué cet acte était plus que satisfaisante. Je me suis écroulé sur elle, elle était affalée sur son lit trempé. C’était parfait.
On a gardé vaguement contact, mais elle a fini par se persuader que je ne serai jamais assez. Elle n’a pas forcément tord. Elle n’a pas forcément raison…
Je suis un gamin dans le corps d’un adulte, qui passe son temps à vouloir s’amuser et rattraper une innocence qui a disparue il y a très longtemps. J’essaye de regarder le monde avec les mêmes yeux que quand j’avais dix ans.
Elle l’a sûrement vu en moi. Elle n’a plus le temps pour ça. L’horloge tourne, j’imagine.
Je lui ai promis de ne pas écrire sur elle, pour elle ou à propos d’elle. Mais je le fais. Sans doute mon caprice de gamin qui fait des siennes ou envie pressante de rester revivre ses souvenirs dans ma tête, sans m’y accrocher.
J’espère qu’elle va bien aujourd’hui. J’espère qu’elle lira ça un jour. Même si cela pourrait faire surgir en elle une peur de me voir exprimer quelque chose qu’elle n’ose pas me voir désirer.