Je l’ai croisé encore, hier. Elle sortait du bâtiment principal. Elle était pressée de rejoindre un autre bloc. Ce qui semblait être une crêpe entre les mains, bouffée vite fait, car je le répète, elle était pressée.
Avant hier aussi, je l’avais vu. Plutôt aperçue, au loin. Elle était loin. Mais je pouvais la reconnaître. Je pense que je pourrait la reconnaître au milieu d’une populace pleine de diversité. Elle sillonnait le gazon avec un pote à elle.
Je rentre chez moi, aujourd’hui, on me disant que la série s’est achevée. J’ai fini les cours. Je vais aller me peloter sous une couverture en regardant un autre épisode de Breaking Bad. Quelle série !
Mais il est vingt et une heure. J’ai une soudaine envie de clope. Je prend mon blouson. Je fouille dans les poche. Je trouve mon paquet et je l’ouvre. Vide. Quelle merde !
Je m’habille un petit peu à l’arrache. Je me coiffe vaguement pour donner l’impression de ne pas m’être coiffé. Je sors. Je prend le bus. De douces mélodies trance filtrent dans mes oreilles via mes écouteurs. J’ai la trique.
J’arrive au centre ville. Le dernier bar-tabac ouvert sur rive-droite. Peu importe le jour, peu importe l’heure, ils sont ouverts.
– Bonsoir, un Marlboro Gold, s’il vous plaît !
– Ça fera huit euros et quatre vingt cents, s’il vous plaît !
Eh merde ! Ça a encore augmenté de quelques cents.
Je prend mon paquet et je sors. Après une petite virée sur les quais, je décide de rentrer. Il caille.
J’attend le bus. Le voilà qu’il arrive. J’entre dans le bus, je mets mes écouteurs. Je farfouille dans mon téléphone. Soudain, la porte s’ouvre. Contre toute attente, Amy.
On m’a toujours dis qu’il ne fallait pas trop s’approcher de ses rêves, ça finit par nous bouffer. Pourtant, là, c’est eux qui sont venus à moi. Quelles chances est-ce qu’il y avait ? Sur les cinquante bus qui circulaient et qui passaient par là toutes les quinze minutes, il fallait qu’elle soit dans celui-ci. Pire encore, elle se met à trente centimètres de moi. Je la regarde. Nos regards se croisent, puis s’évitent. Quelle bande de tarlouzes !
Elle plonge son regard dans son téléphone et je fais de même -dans mon téléphone bien sûr. Elle était tout aussi jolie à trente centimètres de mois qu’elle l’était à trente mètres, la veille; ses cheveux bruns attachés, son teint brun était d’un bronzage léger et les traits fins qui dessinaient son visage étaient simplement parfaits.
J’essaye de reprendre mes esprits et de préparer quoi lui dire pour l’aborder. On va certainement descendre au même arrêt. Je saisirai l’occasion pour l’accoster par derrière et lui dirait une banalité qui la fera rire, puis une autre, puis encore une autre. Le jour de gloire est arrivé !
Campus. On est arrivés. Je prend une bouffée d’air avant de descendre. J’y vais, elle y va, on y va ! Je descend la marche qui sépare le bus du trottoir. J’ouvre la bouche pour laisser des mots s’y échapper et là je la vois s’approcher un peu trop d’un mec, juste avant de l’embrasser. Eh merde !