Angèl

Il n’y a pas de recette miracle. Comme il n’existe point de miracles sur cette terre. Vos gentils parents ont dû vous répéter, lorsque vous étiez petits, que vous êtes les plus beaux, les plus intelligents et que vous pourriez réussir tout ce que vous souhaitez, la vérité est autre. Il n’y a pas de place aux faibles, dans ce monde.

Cela me fait penser à une fille, tiens. Elle était adorable. Je me souviens qu’une fois, elle avait sourit laissant transparaître ses dents blanches et bien alignées et ses fossettes sur les deux bords de sa bouche. C’était magnifique. Dans un monde des Bisounours, ça aurait pu guérir le cancer. Mais dans notre monde c’est juste suffisant pour donner de l’espoir à un homme.

Elle était brune. La peau caramélisée par un bronzage typiquement méditerranéen. Elle était assez petite de taille. Ce qui faisait ressortir ses légères courbes. J’ai toujours eu tendance à dire que les Dieux ont compressé les filles de petite de taille jusqu’à faire ressortir leurs belles courbes toutes rondes. Je suis idiot. Hormis son sourire, elle était dotée d’une gentillesse apparente. Elle avait une allure angélique. Cela était suffisant pour que chaque homme puisse s’intéresser à elle. Suffisant pour que chaque homme faible tombe amoureux d’elle.

Je  n’en étais pas un. Mais je me délectais, cigarette à la main, de les voir tomber comme des moutons aveugles dans son petit piège d’allumeuse qui se renie. Ils se retrouvent le cœur en miettes et la bite en sang, à force de se masturber sur quelque chose qu’ils n’auront jamais. Vos parents vous ont mentis, les fils de putes !

Suis-je sadique ? Sûrement. Comme vous l’êtes, vous aussi, chers lecteurs. L’erreur qu’on fait tous est de s’attacher au potentiel d’une personne. Croire qu’on est celui ou celle qui va faire ressurgir les vertus de cette personne. Croire que l’amour qu’on pourrait leur procurer serait un prisme suffisant pour qu’ils atteignent ce potentiel non-exploité. C’est encore plus stupide que ma théorie sur les dieux-compresseurs.

Alors je me mets de côté. Je reste en retrait. Je laisse ces illuminés se jeter, la bite la première, dans un mirage qu’ils se sont eux-mêmes créé. Il ne faut pas croire ce que l’on croit.

L’amour n’est qu’un ensemble de connexions dans notre cerveau.

Choisy La Reine

Vous connaissez la chanson. Le matin il fait froid, du coup je reste dans ses draps. Je me recroqueville. Je tire la couverture au dessus de mes épaules. Je la serre fort. Je la serre fort, elle aussi. Je me rendors. Je dors très bien chez elle. Mais, pas cette nuit-là.

Il faisait chaud, très chaud. Mon dernier souvenir, avant de fermer les yeux, était qu’elle était entrain de dormir, pendant que je jouait avec ses longs cheveux, croyant que je lui faisais un massage cranien. Le sommeil avait fini par prendre le dessus sur moi. Juste avant qu’elle ne me colle son pied sur le ventre et crie :

« Lève-toi. Il est presque huit heures. Tu dois partir. Je dois me préparer, merde ! »

J’ai failli tomber du lit. Puis, finalement, je me suis raisonné à me lever. Elle me saoule. Les nuits passées ici sont géniales. Les matinées le sont beaucoup moins. On n’arrive à dormir qu’au delà de trois heures du matin et quelques heures plus tard, je dois me réveiller, partir, pour qu’elle puisse se préparer. C’est affreux.

Je ne sais pas comment est-ce qu’elle fait pour dormir si peu et avoir autant d’énergie pour la journée qui suit. Les femmes sont plus endurantes que les hommes, il n’y a pas débat.

Au delà de ça, je sens que je suis coincé dans ses bras. Un homme ne peut faire autant d’efforts pour une femme qu’il n’aime pas. Mais, plus encore, homme ne peut faire autant d’efforts pour une femme qu’il n’aime pas et avec qui il ne couche pas -sauf si c’est sa mère.

Je sors de chez elle, à peine habillé, mal coiffé. Je colle une cigarette de frustration à mes lèvres. Je tire de longues bouffées de nicotine pour calmer mes nerfs. Je repense à ce qu’elle me dit. Elle dit me haïr, mais agit comme une personne qui m’aime. Elle veut tout le temps partir, mais elle attend toujours que je la retiennes. Je sens qu’elle est tiraillée. Tiraillée entre ce que je suis et ce que je pourrai être.

Je m’arrête au café, au coin de la gare de Choisy. La barmaid est plutôt jolie. Je prends un petit café. Je m’assoie. Mes couilles me font mal. Elles doivent être bleues. J’ai passé la nuit à être excité sans pouvoir les vider. Je me rend compte que quand je dors avec une femme, je ne fais pas l’amour avec elle. De l’autre côté, je ne dors jamais avec les femmes avec qui j’ai couché. La seule exception était Elodie. Certainement parce que je l’ai aimé elle aussi.

Je paye mon café. Je l’avale et je me précipite pour choper le RER C. C’est la fin de la récrée au paradis.

Alzheimer.

Les choses n’étaient pas censées se passer comme ça. On était censés être heureux, ne pas trop se prendre la tête, ni perdre du temps. Les choses sont tristes actuellement. La dernière fois que je lui ai parlé remonte déjà à une demi-douzaine de mois. C’est triste.

Le plus triste n’est pas le fait qu’on ne se parle plus, mais plutôt les raisons qui ont fait qu’on ne se parle plus. Toute cette histoire tient en une question de fierté mal placée et de croyances non-confirmées. Il y a un proverbe kabyle qui dit « La parole est la clé des cœurs ». Il faut parler. Il faut se parler. Le silence laisse installer le doute. Le doute éloigne les gens. Les gens ont ensuite bien trop de fierté pour faire marche-arrière et s’expliquer à propos de ce qui les a séparés.

Je ne reste pas innocent dans cette histoire. Il n’y a pas de fumée sans feu. Les rumeurs ont beau ne pas être vraies, elles comportent toujours une nuance de vérité. Mais bon, je suis nord-africain, j’ai bien trop de fierté pour courber l’échine et m’expliquer sans qu’on m’ait rien demandé. Donc, je laisse couler les rumeurs, jusqu’à ce que celles-ci deviennent une vérité partagée, une vérité.

Qu’en est-il de la fille ? Je ne suis pas du genre à m’expliquer sans qu’on me le demande. Ne s’excuse sans préavis qu’un condamné. Je ne suis pas du genre à forcer l’amitié de quelqu’un qui n’en veut plus. Du coup, je la laisse dans son hérésie. C’est plus facile d’oublier quelqu’un lorsqu’on trouve le moyen de le détester. Mais, si tu me détestes, pourquoi tes discussions portent autant sur moi ?

Qu’en est-il des rumeurs ? Je n’en sais rien. Ai-je vraiment couché avec toutes ces filles ? Peut-être que oui, peut-être que non. Qui sont-elles ? D’où viennent-elles ? Peuvent-elles venir m’affronter et dire que j’ai effectivement glissé ma queue entre leurs lèvres ? Existent-elles vraiment ? Je crois que je m’en souviendrais. A moins que je sois atteint d’Alzheimer. Je n’en sais rien.

Essonne.

C’est le ramadan, je crois. Enfin, j’en suis sûr. En tout cas, je suis chez un pote, à Paris. Enfin, pas vraiment à Paris, mais en région parisienne. Enfin, pas vraiment en région parisienne, mais en banlieue parisienne. Dans l’Essonne, plus précisément à Evry, dans le quatre-vingt et onze.

Tout le monde me disait que cette ville était à chier. Je les comprend. Contrairement à mon pote, ils n’habitaient pas au douzième étage d’un HLM au bord de la seine et qui donne une vue splendide et panoramique sur la ville et la forêt qui enrobe la Seine.

Moi, j’aime bien. Mais, c’est ramadan. Du coup, je descend dans un bar. Enfin, ce n’est pas vraiment un bar, mais un PMU de banlieue. Tu le ressens parce qu’il sonnait creux. Il était assez vide pour un samedi après midi. Je me suis accoudé au comptoir avec mon pote. Pas pour boire, mais pour choper le journal et sélectionner des chevaux sur lesquels parier.

Le patron du bar est venu nous taper la discute. Pas qu’il en avait quelque chose à foutre de nous, non. Il voulait savoir quand se terminera ce mois maudit. Pas qu’il en avait quelque chose à foutre de la famine qui nous rongeait, mais plutôt du manque de clientèle qu’affichait son bar. Je crois qu’il s’est rendu compte que ses plus fidèles gogos étaient les musulmans.

On l’a rassuré, avant de prendre le journal et de nous casser. On a miser quelques sous sur deux tocards qui étaient bons pour l’abattoir. On est rentrés à temps pour la rupture du jeûne. On a bien repris des calories, avant de sortir encore une fois.

On a prit la voiture pour se morfondre un peu plus dans ce département de l’Essonne. Corbeil Essonne, tient ! C’était notre destination. La capitale de ce département ? Peut-être. Je vais peut-être chercher ça plus tard, ou peut-être pas.

On est entrés dans ce qui me semblait être une chicha. Je D-E-T-E-S-T-E les chichas. Il y a deux trucs que je n’aime pas : les boîtes de nuits, les gens qui me lancent leur fumée dans la gueule et les chichas. Oui, ça en fait trois, mais on s’en fou.

Mon pote m’explique qu’on n’est pas là pour la fumée aromatisée pour fiottes ou rebeus fragiles, ni pour les beurettes faciles au visage coloré. On est là pour un autre jeu de hasard, le loto. C’est simple; tu prends un nombre de petits cartons, sur chaque carton il y a quinze chiffres, un gars va annoncer des chiffres au hasard et tu dois remplir ton carton avant les autres pour pouvoir gagner la cagnotte. J’étais partant !

On a misé pour dix euros chacun. La cagnotte était de cent euros. Elle était belle. La partie s’est terminée, on a perdu nos vingt balles. On y était presque, on a donc remis une couche. Perdue… Cela s’est poursuivi jusqu’à une heure du matin.

On est ressortis. Avec un bénéfice de zéro euros et un déficit de soixante euros chacun. De vrais joueurs !

On a rouspéter. Mon pote a démarré la voiture. On est rentrés.

Magnitude

Je commençais à avoir sommeil. Mes yeux étaient fermés. Elle était allongée à côté de moi. Sa tête posée sur mon torse nue. Sa main par dessus mon ventre.

Soudain, j’ai eu un pic d’envie. Vous savez, cette grosse envie qu’on a lorsque le sommeil commence à prendre le dessus et que notre conscient commence à mourir.

Je glisse ma main gauche le long de son ventre jusqu’aux portes de son con protégé par sa culotte. C’est tout ce qu’elle portait. Je glisse mes doigts entre sa culotte et son con. C’était gluant, humide. Humide et gluant.

Je repère très rapidement son bouton de plaisir caché entre ses grosses lèvres. Je le remue délicatement. Elle soulève la tête, les yeux fermés. Comme une invitation pour l’embrasser. Je le fais.

Elle ôte son bras de mon ventre pour glisser sa main dans mon caleçon. C’est tout ce que je portais. Son con devenait de plus en plus mouillé et ma queue s’est vite dressée.

Pas un mot. Pas un soupire. Juste un rythme cardiaque qui s’accélère avec des échanges de salives et d’haleine occasionnels.

Je retire mon caleçon. Je le jette du haut du matelas. Je la met sur le dos. Je place mon genou droit au dessus de son épaule gauche et mon genou gauche au dessus de son épaule droite, juste avant de glisser ma queue entre ses lèvres. Douceur.

Je menais des vas et viens délicats pour ne pas la brusquer. A des moments, je maintenais ma queue profondément dans sa gorge pour essayer de l’étouffer. Elle réagissais en me chopant les fesses et en y enfonçant ses longs ongles.

A chaque fois que je retirai ma queue et que nos regards se croisaient, elle avait un putain de regard satisfait, mais qui en redemandait encore.

Au bout de quelques minutes et après plusieurs vas et viens, je finis par lâcher la purée dans une explosion jouissive. Je me balance sur le côté. Je ne remet même pas mon caleçon. Mes yeux se ferment. Elle repose sa tête sur mon torse. Mon esprit vagabonde. Je commence à rêver…

Amy – Part 3

Je l’ai croisé encore, hier. Elle sortait du bâtiment principal. Elle était pressée de rejoindre un autre bloc. Ce qui semblait être une crêpe entre les mains, bouffée vite fait, car je le répète, elle était pressée.

Avant hier aussi, je l’avais vu. Plutôt aperçue, au loin. Elle était loin. Mais je pouvais la reconnaître. Je pense que je pourrait la reconnaître au milieu d’une populace pleine de diversité. Elle sillonnait le gazon avec un pote à elle.

Je rentre chez moi, aujourd’hui, on me disant que la série s’est achevée. J’ai fini les cours. Je vais aller me peloter sous une couverture en regardant un autre épisode de Breaking Bad. Quelle série !

Mais il est vingt et une heure. J’ai une soudaine envie de clope. Je prend mon blouson. Je fouille dans les poche. Je trouve mon paquet et je l’ouvre. Vide. Quelle merde !

Je m’habille un petit peu à l’arrache. Je me coiffe vaguement pour donner l’impression de ne pas m’être coiffé. Je sors. Je prend le bus. De douces mélodies trance filtrent dans mes oreilles via mes écouteurs. J’ai la trique.

J’arrive au centre ville. Le dernier bar-tabac ouvert sur rive-droite. Peu importe le jour, peu importe l’heure, ils sont ouverts.

– Bonsoir, un Marlboro Gold, s’il vous plaît !

– Ça fera huit euros et quatre vingt cents, s’il vous plaît !

Eh merde ! Ça a encore augmenté de quelques cents.

Je prend mon paquet et je sors. Après une petite virée sur les quais, je décide de rentrer. Il caille.

J’attend le bus. Le voilà qu’il arrive. J’entre dans le bus, je mets mes écouteurs. Je farfouille dans mon téléphone. Soudain, la porte s’ouvre. Contre toute attente, Amy.

On m’a toujours dis qu’il ne fallait pas trop s’approcher de ses rêves, ça finit par nous bouffer. Pourtant, là, c’est eux qui sont venus à moi. Quelles chances est-ce qu’il y avait ? Sur les cinquante bus qui circulaient et qui passaient par là toutes les quinze minutes, il fallait qu’elle soit dans celui-ci. Pire encore, elle se met à trente centimètres de moi. Je la regarde. Nos regards se croisent, puis s’évitent. Quelle bande de tarlouzes !

Elle plonge son regard dans son téléphone et je fais de même -dans mon téléphone bien sûr. Elle était tout aussi jolie à trente centimètres de mois qu’elle l’était à trente mètres, la veille; ses cheveux bruns attachés, son teint brun était d’un bronzage léger et les traits fins qui dessinaient son visage étaient simplement parfaits.

J’essaye de reprendre mes esprits et de préparer quoi lui dire pour l’aborder. On va certainement descendre au même arrêt. Je saisirai l’occasion pour l’accoster par derrière et lui dirait une banalité qui la fera rire, puis une autre, puis encore une autre. Le jour de gloire est arrivé !

Campus. On est arrivés. Je prend une bouffée d’air avant de descendre. J’y vais, elle y va, on y va ! Je descend la marche qui sépare le bus du trottoir. J’ouvre la bouche pour laisser des mots s’y échapper et là je la vois s’approcher un peu trop d’un mec, juste avant de l’embrasser. Eh merde !

Bar à tapins.

J’étais sur Rive-Gauche, aujourd’hui. Dans un bar kabyle, détenu par des kabyles, avec un barman kabyle et même des clients kabyles.

Ça jasait de partout et des mots revenaient; « Algérie… Kabylie… Démocratie… Bouteflika… Ferhat Mhenni… Indépendance… Autonomie… Allah… Mohamed… Barbe à papa… Jessica Alba… ».

Comme dirait le député, on était dans un véritable poulailler.

Ça essayait de débattre, en vain -et en vin. On ne peut débattre avec un maghrébin sans que le ton ne commence à monter. Encore moins si ce maghrébin est musulman, encore moins si ce maghrébin est musulman alcoolisé, car il venait de passer l’aprem dans un bar kabyle de rive-gauche.

De ce combat de coqs cocus j’en ai tiré que les gens avaient tous des idées pré-reçues. Et ils n’aiment pas que quelqu’un vienne les perturber, les remettre en cause ou leur faire douter de la fiabilité de ces idées.

Ils ont peur de la vérité. Ils ont peur du débat, d’avoir tord et de découvrir la véritable vérité. Mais plus encore, ils ont peur de découvrir que tout ce qu’ils ont connu n’est qu’une grossière fable.

Au fait, ils ont peur de se lever un bon matin et de découvrir que leur vie est un échec, que leur mère est une pute et que leur dieu n’existe pas.

Belle épine.

Chaque jour est une putain de douleur. Chaque jour j’ai une épine dans le pied qui s’enfonce de plus en plus à chaque pas que je fais; de mon lit à la salle de bain, de chez moi à la fac, de la fac partout ailleurs. 

Chaque pas me fait penser davantage à cette douleur, à cette peine, à ce que je ressens. Chaque pincement du à cette blessure me fait penser à toi. Je me bats, je m’efforce de rester fort, mais c’est là. Ça fouette fort et dur de l’intérieur de mes entrailles. 

Je n’y peux rien. Je m’efforce de vivre avec, mais c’est simplement impossible. Je m’occupe les mains et l’esprit, pour essayer de vivre avec cette douleur comme étant un simple handicap. Je me dis que si un aveugle peut surmonter sa perte de vue, je peux très bien surmonter les sentiments que j’ai pour toi.

Mais ça n’en est rien. Je continue de traîner un pied devant l’autre et chaque pas est une sorte d’alarme de rappel du trou béant qui me ronge et de la douleur qui en découle.

En fin de journée, j’ai le pied ensanglanté. L’épine l’a tailladé et mutilé. La douleur n’a fait que se multiplier. Elle grandit et la plaie devient béante. Je prend un verre d’alcool, puis un autre, puis un autre. J’essaye d’étouffer la douleur, tuer mes neurones pour qu’ils arrêtent d’y penser, pour que j’arrête de penser. Ce jeu continue jusqu’à ce que je tombe la tête sur mon coussin, bourré, fatigué.

Au matin, l’effet de l’alcool s’est vanné pour laisser place à la gueule de bois et aux courbatures. La plaie est toujours ouverte et elle me fait encore plus mal que jamais.

Mélanie.

Le soleil se lève. Mais qu’est ce que je raconte ? Il s’est levé il y a déjà six heures. Je m’arrange toujours pour rater la majeur partie de la matinée. Elle est futile. Il me semble qu’on retrouve toujours les mêmes querelles et les mêmes bêtises au quotidien. C’est à se demander si la même journée n’est pas entrain de se répéter pour la millième fois.

En tout cas, aujourd’hui est une journée qui a une certaine particularité; on est le 18 juin, ce qui signifie que Mélanie va enfin se marier.

Tu prends un mec qui couche avec soixante filles par an, c’est enfance difficile, relations tendues -ou pas de relation du tout- avec les parents et une fille qui lui aurait brisé le cœur à ses 18 ans.

Tu prends une fille qui couche avec soixante mecs par année, c’est attouchements étant petite, un oncle qui baladait ses mains un peu trop prés de sa petite culotte et plusieurs mecs qui lui ont brisé le cœur -et le cul- au fil des années.

Mélanie était bien rangée dans cette catégorie. Elle faisait défiler les mecs dans son lit comme de vulgaires mannequins, des putain de jouets. Elle avait beau dire qu’aucun ne lui correspondait, pas mal d’entre eux l’ont marquée, sans qu’elle réussisse à les garder. En vrai, une fille qui n’arrive pas à retenir un mec après avoir couché avec lui n’est juste pas un bon coup.

L’heureux élu faisait partie de cette brochette de jouets sexuels. Ce n’était qu’un plan cul, à la base. Ils se voyaient une fois par semaine, tiraient leur coup et chacun reprenait sa vie de son côté.

Mais soudain, Mélanie avait décidé d’en faire son exclusivité. Inutile de préciser que ce n’était pas de la tarte. J’ai intervenu je ne sais combien de fois pour l’aider à le manipuler.

Après, je les entends d’ici les bien-penseurs de mes deux qui vont crier au scandale et à la trahison des codes entre mecs. Je vous emmerde. J’ai beaucoup de temps libre. Autant me mettre à la place des Dieux.

En tout cas, on peut dire que j’ai atteint mon but. Elle se marie. Cela me rend un peu nostalgique de nos lointaines galipettes. Mais si ça se trouve, en parfaite perverse-narcissique qu’elle est, maintenant qu’il est acquis, elle va finir par le quitter.

J’efface ces pensées de ma tête. Je fini ma tasse de café, je me recoiffe une dernière fois. Un petit zeste de parfum et me voilà prêt pour la soirée.

Lorie – Start/End

Je ne me souviens pas réellement du moment déclencheur de toute cette histoire. Tout ce que je sais, c’est qu’un jour tout était devenu irréparable, que sa haine avait dépassé les limites du concevable et que j’étais devenu l’ennemi numéro un.

Je n’ai pourtant pas de haine envers elle. Elle reste comme étant un doux souvenir inachevé dans mon esprit. Une histoire qui n’a pas eu de réel début et qui du coup n’aura pas de fin.

Je ne pense pas avoir posé des limites à cette relation, ni avoir été méchant. J’étais dans ma période dépressif -comme toujours. Je ne jouissais pas de la vie. J’avais du mal à me motiver, me sortir la tête d’entre mes deux coussins pour aller en cours.

Mais elle m’aidait à passer outre tout cela. Elle me secouait les fesses pour faire mieux et aller de l’avant. Certes, avec beaucoup de méfiance à mon égard -qui pouvait lui en vouloir ?- mais beaucoup de bienveillance aussi.

Je crois que l’erreur qu’il ne fallait pas faire était de jouer avec moi. Je n’étais pas en état de jouer à des jeux pervers de lycéennes. Fuis-moi, je te suis ? Bah fuis-moi et tu verras que moi aussi je vais fuir à l’autre bout du monde.

Je suis trop vieux pour ces conneries.

Ce qui est triste, c’est que personne -ou presque- ne cherche à avoir ma version des faits. Même pas elle. Après tout, c’est plus simple de me catégoriser en un espèce de connard suffisant qui est venu cracher dans la soupe.

Les gens s’en foutent de la vraie histoire, ils préfèrent se contenter de la légende.

Mais peu importe, ceci est sûrement la première et la dernière fois que je parle de cette fille et de cette histoire. Par pur amertume.

Entre temps, je remue ma tasse de café, secoue ma clope pour en faire tomber les cendres, avant de me remettre au boulot et de la croiser encore en amphi.

Adieu, Lorie.