Symbolisme

Bon, bref. Ce matin c’était un petit peu calme. Mis à part ma voisine kabyle qui brayait avec mon autre voisine marocaine, c’était plutôt calme. D’ailleurs je me demande pourquoi elles n’ont jamais envisagé une carrière de comiques ? Elles qui, apparement, ont tout le temps quelque chose de drôle à se dire.

Ceci mit à part, c’était calme. Je me suis réveillé, nu, enroulé dans mes draps comme une crevette dans de la béchamel. Premier réflexe, je saisi mon téléphone. Quelques notifications par ci et par là, des messages, mais ce n’est pas important. On est le cinq juillet. Ce qui coïncide avec la date d’anniversaire de la présumée indépendance de l’Algérie. Je dis présumée, car je ne la vois nul part cette indépendance. Mais les gens aiment bien croire à ce dont ils aiment croire.

Ce qui fait que mon fil d’actualité est plein de publications qui portent sur ce sujet. A tel point qu’il m’est impossible de les ignorer. Je ne comprend pas cet amour des algériens pour le symbolisme. Les slogans, les dates, les noms, les lieux… ils idolâtrent des symboles. On dirait des descendants de Quraïchites. Pourquoi est-ce que personne -ou presque- ne s’intéresse aux choses concrètes ?

Concrètement, qu’est-ce que cette pseudo indépendance a apporté à l’Algérie ?

Une crise identitaire monstre. Alimentée par les premiers présidents qui ont engagé des centaines d’éboueurs égyptiens qui ont débarqué en Algérie pour s’y transformer en profs, dans le seul et unique but d’engager une éducation nationale strictement arabe et ainsi essayer d’étouffer toutes les autres origines amazighs qui s’y trouvaient. Suivi d’un déni de l’histoire ancienne de ces terres, des vraies idoles du passé : Massinissa, Dihya, Juba, Aksel… remplacés par des pseudos héros qui n’ont fait que servir les colons. Je n’en citerai qu’un, l’Emir Abdelkader, car le simple fait de l’écrire m’a obligé à vomir ce que j’ai mangé au petit déj. De cette crise identitaire sont nés des conflits identitaires à cause des revendications des autochtones qui se sont vus réduire au rang de blédards insignifiants, leur langue et culture au rang de folklore urbain et leurs enfants au rang d’exilés politiques ou de cibles mouvantes pour les gendarmes.

S’en est suivi des crises économiques importantes et qui perdurent encore à l’heure actuelle. Vivant en France, je peux aisément faire le contraste entre la France, un pays qui n’a absolument aucune ressource naturelle, ni humaine comparé à l’Algérie, avec son pétrole, gaz, énergie solaire, fer, zinc, superficie, pêcherie, sites touristiques… Pourtant la France est au rang de puissance mondiale et l’Algérie encore dans un rang de pays tiers-mondiste. Vous êtes sûrs que l’indépendance s’est opérée ?

Je continue de défiler dans mon fil d’actualité, pour sombrer encore plus, à la rencontre des schizophrènes du nationalisme. Les gens qui aiment l’Algérie plus que tout. Ceux qui sont à deux doigts de te tuer lorsque tu leur parles du MAK. Ceux qui sont, une fois par semaine, dehors, à crier « One Two Three ! Viva l’Algérie ! », haut et fort, un dimanche… à République. A Paris. En France. Ah la schizophrénie !

J’aime l’Algérie, mais de loin. Je l’aime, mais je n’y vis pas. Je l’aime, mais je préfère vivre chez les ex-colons. J’aime la « horma », la pudeur algérienne, mais je préfère vivre au pays des « kuffar ». J’aime l’Algérie, le dimanche seulement. Le lundi, je me lève à six heure du matin pour faire un boulot minable qui contribue à enrichir l’économie française. J’aime l’Algérie, à en mourir. Le sang des chouhadas bon sang ! Mais je paye mes impôts en France. J’aime l’Algérie bordel de Dieu ! Je chante Qassaman en pleurant comme un bébé abandonné par ses parents, mais peut-être que je pleure de culpabilité, car je ne suis en Algérie qu’un mois par an.

En gros, métaphoriquement, vous aimez votre mère, mais vous habitez chez la voisine. Vous aimez votre mère, mais quand vous faites les courses, vous les faites pour la voisine. Bref, tout comme votre nationalisme, votre amour est symbolique.

Polygamie et misogynie.

Je crois m’être levé du mauvais pied aujourd’hui. Mais se lever à plus de quinze heures de l’après-midi n’est jamais bon. Ce n’est pas de ma faute, je déteste les journées ensoleillées. Je préfère vivre dans le déni; fermer mes volets jusqu’à ce qu’il fasse aussi noir que dans le cul d’un cheval, me déshabiller jusqu’aux poils et dormir jusqu’au soir.

De toute manière, rien de bon ne se produit jamais avant minuit. D’ailleurs, souvent, je travaille jusqu’à minuit. Je préfère cela que me réveiller le matin comme tous les autres et prétendre être heureux et plein d’énergie, alors que tout ce que mon cerveau me dicte c’est de me remettre au lit.

Hormis le fait que ce travaille me permet de dormir jusqu’à pas d’heure, ce que j’aime bien aussi dans ce travaille c’est les discussions, parfois enrichissantes, que je partage avec les clients ou même avec mes coéquipiers. Souvent c’est des discussions sans issue, sans intérêt. Mais parfois, le sujet est intéressant. Ce mec avait décidé de profiter du creux entre deux vagues de clients affamés pour nous parler de ses projets avec ses -futures- femmes -imaginaires. La misogynie distillée dans le dogme que vénèrent les musulmans me fait friser les poils du cul. Les croyants sont encore plus extrêmes que les directives données dans ce livre. Ce que je trouve fascinant c’est leur incroyable qualité qui leur permet d’être à la fois misogyne et d’avoir peur des femmes. Peut-être que les deux se chevauchent et font un effet papillon.

Je parlais avec ce mec, célibataire et de confession musulmane, et qui me citait les vertues de sa religion, me démontrait la grande sagesse de son dieu, notamment la polygamie misogyne qu’il permet à ses sujets. Misogyne, car elle s’applique uniquement par les hommes sur les femmes. Cette bénédiction venue tout droit des cieux et qui offre à l’homme l’autorisation de prendre jusqu’à quatre femmes comme épouses -plus les à cotés- alors que la femme ne peut que se satisfaire d’un seul homme, qu’elle peu se voir obligée de partager avec d’autres, sans aucun veto permit.

Il justifiait cela par le fait qu’un « homme a des besoins », ou alors que « les femmes ne sont pas aussi portées sur le sexe que nous, les Z’ommes ! ». A la fin de cette phrase, un sourire plein de haine et de dégoût s’est dessiné sur mon visage. Venant d’un mec célibataire et avec autant d’expérience sexuelle qu’un prêtre (on ne va pas compter les enfants), c’était tout de même osé ! Culotté !

Je n’ai pas pu m’empêcher de lui faire rappeler qu’une femme peut aller jusqu’à sept orgasmes consécutifs, sans faire de pause, du moment qu’elle trouve un homme avec un doigté adéquat à ses attentes. Alors qu’un homme, même en se masturbant tout seul, se couche comme un toutou après le premier coup.

Je ne suis pas contre le fait que cet énergumène qui croit avoir la science infuse car il a cru l’avoir trouvée en lisant des lignes écrites dans un livre qui date de mile quatre-cent ans et qui lui semblent justes et adaptées soit apte à les appliquer. Vraiment, no problemo amigo ! Mais avant de vouloir tes quatre femmes offertes tel un gibier malhonnêtement gagné, essaye d’en séduire UNE SEULE pour commencer. Une fois que tu auras réussi ce miracle, essaye de lui procurer un semblant de plaisir en lui faisant l’amour, sans lâcher la cartouche au premier carton. Essaye de tenir plus longtemps qu’une chanson de XXTENTACION. Ça serait bien déjà.

Le gars, scotché mais pas convaincu, a foncé les sourcils avant de plonger sa tête dans son téléphone et sortir du magasin. Bref, j’ai sûrement fais perdre un client à mon patron, mais comme quoi, parfois, il se passe bien de bons trucs avant minuit.

Merci. Au revoir.

Encore un matin où je me lève avec une femme que je n’aime pas dans mes bras. Le soleil froid de la Normandie brille sûrement de l’autre côté des volets fermés, pendant que j’embrasse à répétition la nuque de cette merveilleuse créature, dans l’espoir vague de dégager mon bras complètement anesthésié par le poids de sa nuque.

Je crois que j’ai peur. J’ai peur de me réveiller un jour, dans cette même posture, avec cette femme ou une autre et de me rendre compte que j’ai développé des sentiments amoureux envers elle. Quelque chose que je ne peut contrôler. Sincèrement, je n’ai plus la force.

Je n’ai plus la force d’aimer quelqu’un. Je n’ai plus la force de faire des efforts pour quelqu’un. Parfois, en plein ébats, alors que je suis à mi-chemin de la route qui mène à l’orgasme, je m’arrête. J’embrasse ma compagne une dernière fois et je passe sous la douche. La flemme. Je n’ai plus la force, la niaque, l’envie.

Je n’ai plus la force de réfléchir à un cadeau original à offrir pour une femme. Je n’ai plus la force de m’ouvrir à quelqu’un et lui raconter des détails de ma vie; le prénom de ma mère ? Je suis plutôt chats ou chiens ? pourquoi faire ? Qu’est-ce que ça changerait à ta vie de savoir ça ? Je n’ai plus la force pour ces conneries. Je n’ai plus la force de dormir dehors, à moins deux degrés, parce qu’elle a fouillé dans mon téléphone. Je n’ai plus la force de sécher les cours, faire deux heures de train pour surprendre quelqu’un le jour de son anniversaire. Je n’ai même plus la force de parler au téléphone avec quelqu’un.

Mais ma peur n’est pas justifiée. Coucher n’a jamais mené un homme à l’amour. Il subsiste une intimité plus forte que l’intimité physique. L’intimité mentale. Lorsqu’un homme récent l’envie, que dis-je ? Le BESOIN de parler avec toi, tard la nuit, jusqu’aux premiers rayons de soleil matinales, c’est là qu’il craque. Lorsqu’un homme prend du plaisir à t’écouter lui parler de ta vie de merde, c’est là qu’il craque. Lorsqu’un homme ressent le besoin de partager avec toi ses bonnes comme mauvaises nouvelles, c’est là qu’il craque. L’amour et le sexe vont de paire, mais ne doivent pas se mélanger.

Cette femme l’a comprit. A peine elle a prit sa douche, elle s’est barré, m’envoyant un message me disant que c’était réglé. Que cette histoire ne semblait pas décoller, ni se propager au-delà des neuf mètres carrés de ma chambre. Moi, pour ma part, je n’ai pas à m’excuser d’avoir un handicap sentimental que je n’ai pas demandé et duquel je n’arrive pas à me défaire.

Cette histoire s’arrêtera là, les suivantes aussi. Je me sens comme un distributeur d’orgasmes. Gratuit. Perdu. Avec des sentiments enfouis. Des rêves meurtris. Des désirs engloutis par l’entrejambe de ces femmes que je rempli. La vie n’a pas de sens et le sens qu’on lui donne fini par nous jouer des tours. Je la laisse partir sans la retenir. Incapable de l’aimer, autant lui épargner une autre peine supplémentaire. Elle gardera de moi le bon souvenir des nuits qu’elle a passé dans mes bras et et des litres de sueur et de mouille qu’elle a lâché dans mes draps.

Saint-Lazare – Part 2

Saint-Lazare. J’ai un train dans moins d’une demi heure et en venant ici, je n’ai pas pu prendre la ligne quatorze de Gare de Lyon à Saint-Lazare. Cela aurait été plus rapide, plus direct. Il y’a eu un incident sur la ligne et j’ai du prendre une autre et marcher pendant dix minutes en portant mon sac, mon sac à dos et en roulant ma valise. Quelle plaie ! J’ai juré et insulté tout le monde en berbère ancestral pour que nul ne puisse comprendre.

J’arrive devant l’entrée de la gare, je me fais accoster par des saints rémunérés et vêtus de blousons sur lesquels était collée une grosse croix rouge.

– Bonjour, vous auriez une minute, s’il vous plaît ?

– Désolé, j’ai un train à prendre.

Je compatis sincèrement à ces causes. Mais je n’y mettrai pas un sou. Déjà, parce que j’en ai pas. Ensuite, pourquoi donner du fric à des gens qui en ont besoin, mais qui sont à des milliers de kilomètres de moi, quand je peux le faire avec les centaines de clochards qui squattent les métros parisiens ? Puis, la charité, c’est souvent pour ceux qui ont quelque chose à se reprocher ou à demander. C’est rarement par compassion.

Je pose mes valises et mes pieds sur l’escalator. Je monte. Entre temps, je prend mon téléphone pour envoyer un message.

« J’y suis. T’es où toi ? »

Je fais rouler ma valise pour essayer de trouver une place où poser mes fesses. Mon train est dans vingt-cinq minutes. L’écran de mon téléphone s’allume.

« Je suis devant le piano. Grouille. »

J’ai à peine eu le temps de repérer une place, que je dois déjà bouger… Je roule encore ma valise. Je sens mon épaule entrain de se détacher petit à petit. Je m’approche du piano et je l’aperçoit.

Le temps passe, la vie défile, pourtant chaque fois que je la revois, j’ai encore le cœur qui bat. Cette sensation que tout dans la vie a soudain un sens. Que si les étoiles brillaient dans le ciel c’est parce que je dois rêver d’elle, et si mes yeux brillaient à chaque fois que je la voyais, c’était parce que j’étais fou d’elle.

Les quelques minutes qui précèdent nos entrevues sont souvent accompagnées par des prières. Je prie secrètement d’être assez fort et décontracté, me persuadant que je suis insensible à sa beauté. Pourtant, au premier abord, au premier regard, tout s’écroule, tout s’effondre comme une tour du WorldTradeCenter, un matin de septembre. 

Alors j’étais là, à essayer d’apprécier ces derniers petits moments, avant de prendre le train jusqu’en haute Normandie. Là où d’autres types d’engagements m’attendent. Là où d’autres pièges m’attendent. Des pièges qui utilisent des femmes fatales, aux courbes généreuses et aux talons bien fins et longs, et qui sont censées me la faire oublier. 

Elle m’accompagne jusqu’à ma voiture. Elle fait demi tour, un grand sourire scotché sur son visage et dans un coin de ma tête. Elle s’en va, encore une fois, me laissant crever une dernière fois en admirant sa démarche.

Balivernes

Vous allez encore une fois me traiter de fou. Vous demander si ces histoires sont réelles ou si elles sortent tout droit de mon imaginaire. Dans les deux cas, je serai catalogué de fou.

Ce serait fou de vivre tout cela est d’avoir une bonne hygiène mentale. Tout comme ce serait fou que de sortir toutes ces histoires de sa propre imagination. Cataloguez moi. Je m’en cogne.

Ce qui compte, à mon sens, n’est pas de faire bonne figure, de vous raconter une histoire où j’incarne le héros incontesté, l’incarnation du mâle, l’homme qui vaut trois milliards. En réalité, j’en vaut six. Mais ce n’est pas le sujet, encore une fois.

Ce qui m’importe c’est de laisser ma trace insignifiante dans ce monde. Je fais ça pour l’art, aussi médiocre soit-il, cela reste mon art. Adoptez le ou avortez le. Encore une fois, je m’en cogne. Mais lorsqu’une personne lit mes textes, et qu’au coin d’une virgule, se reconnaît dans la phrase qu’elle vient de lire, je me dis que tout cela a un sens.

Nombreuses sont les femmes qui m’ont demandé d’écrire quelque chose pour elles. Nombreux sont ceux qui m’ont demandé d’écrire sur autre chose que des poils pubiens et des soirées arrosées. Je m’en cogne.

Je n’écris que sur ce qui me fait bander ou pleurer de l’intérieur. Ce que je n’arrive pas toujours à exprimer, par défaut de timidité. J’écris pour elle. J’écris essentiellement pour elle. Tout ce que j’écris est soit pour elle, contre elle, à propos d’elle, à cause d’elle ou en conséquence directe de ma relation avec elle. Car en parlant de « bander ou pleurer » elle m’en a fait goûter aux deux, depuis déjà sept (mal)heureuses années. Et je ne suis pas sûr qu’on en ai terminé. Je doute même que cette histoire sera un jour terminée, classée, rangée et oubliée. Elle durera sûrement aussi longtemps que mes chroniques.

Alors, j’écris. Parfois, c’est tout ce qui me reste. Ce n’est ni un hobby, ni une corvée. Plutôt une nécessité. Car les nuits sont sombres et rudes. Que mon lit soit vide ou partagé avec quelqu’un, cela ne remplit en rien le vide que j’ai. Parfois, et je dis bien parfois, mettre des mots sur ses maux permet de les identifier, de les départager et de les évacuer.

D’autres fois, je place des mots sur des pages neutres, dans un blog à deux balles lu par deux trois amis qui m’encouragent une fois sur dix, à défaut de pouvoir les lui envoyer. Je ne les garde pas pour moi. Je les laisse à sa portée. Je me dis, qu’un jour, elle se souviendra de moi, elle ira sur ces liens pour se remémorer mes mots.

Cupidon devrait être en prison

Et je lui fais mes adieux à nouveau.

J’ai l’impression que cette scène se joue pour la millième fois. Toi qui t’en vas, moi qui a envie de te demander de rester, sans aucun argument pour te retenir. Toi qui t’en vas, moi qui ne sait pas si ce sera la dernière fois, comme à chaque fois. Toi qui t’en vas, moi qui a envie de te serrer fort dans mes bras, pour avoir ton odeur sur moi.

Je connais ce sentiment. J’ai vécu dans l’ombre de ce sentiment bien top longtemps et j’ai l’impression qu’il ne subit pas les affres du temps, qu’il va se glisser entre nous éternellement.

Tu pars à nouveau, mais je ne t’en veux pas. J’en veux à cupidon. Oui, tu as bien lu. Cupidon. Cupidon, le peut imbécile aux ailes de pigeon. Cupidon, ce petit con. Cupidon, ce petit gros court sur pattes. Cupidon mérite la prison. Indéfiniment.

Je ne sais pas pourquoi il a décrété que les humains devaient s’aimer ? Qu’on devait sombrer dans l’âme de quelqu’un jusqu’à y perdre la nôtre. Se perdre dans l’autre comme si notre existence n’avait point de nécessité, de signification, sans cet être aimé.

Je ne comprendrai jamais ce mécanisme qui a fait que les êtres humains puissent se lancer, sans la moindre assurance, dans la plus inexistante des sérénités, dans une quête d’une personne dont ils ne sont même pas sûrs d’avoir sa gratitude, son attention et son respect en retour. On se jette, comme les gros cons que nous sommes -et moi le premier- à cœur perdu, à bras ouverts, à gilets défaits, la tête la première dans un océan encore plus profond que l’atlantique.

On se jette dedans, tout sourire, comme si on venait de faire un acte héroïque, comme si on était sur le point de découvrir la cité perdue de l’Atlantide. Alors que notre destin est scellé, demeurant dans les mains de la personne qu’on a osé aimer. Sommes nous fous ou simplement désespérés ?

Ceci, chers amis, est un pur acte de foi. L’amour est un acte de foi. L’amour, c’est nager en eaux troubles, en plein brouillard avec comme seul guide son instinct. L’amour, c’est se réveiller chaque matin la boule au ventre, avec un cratère de la taille de ma couille gauche au milieu du cœur. L’amour, c’est vivre tout le temps avec l’incertitude et la peur de fermer les yeux bien trop longtemps, assez longtemps pour perdre de vue notre objectif. L’amour c’est se sentir paralysé dans les situations les plus excitantes. L’amour c’est s’en foutre des situations les plus humiliantes. L’amour c’est ne pas avoir d’appétit, même lorsqu’on a faim. L’amour c’est s’égarer en empruntant le même chemin.

L’amour est un sentiment plus proche de la pathologie que de la raison. Pourtant, on me dit dans l’oreillette que l’amour est le plus beau des sentiments.

Cruella

Les hommes sont cruels. Les femmes aussi. Je venais de finir ma cigarette, et juste avant, je venais de finir de déverser ma sueur sur mes draps, et juste avant je venais de finir de penser à une femme tandis que je faisais l’amour à une autre.

Je ne crois pas être cruel en disant ça. La vie, elle, est cruelle. Être obligé de faire l’amour a des femmes pour qui tu n’as aucune considération, à défaut de faire l’amour à celle que tu aimes, ça c’est cruel. Être obligé de noyer ta tête entre les jambes d’une femme et dans ses poils pubiens afin de l’empêcher de penser à celle à qui tu penses tout le temps au quotidien, ça c’est cruel. Mes mots ne le sont pas.

Mes mots ne sont que le reflet déformé de ce qui se trame dans ma tête. Il n’y a pas une femme que j’ai connu et que je n’ai pas apprécié. Pour une raison ou pour une autre, je les ai toutes appréciés. Le temps d’une nuit ou le temps d’une lune. Mais jamais au delà. Je ne peux pas promettre à une femme plus que quelques compliments sincères, une bonne partie de jambes en l’air et quelques orgasmes. Je ne peux pas aller au delà de ça.

Ce n’est même plus une question de temps, mais d’engagement. Pourtant, je suis sincère. Dans ce que je leur dis, dans ce que je leur promet -souvent je ne promet rien- et dans ce que je suis. Je suis certainement un connard, mais je ne suis pas un bâtard. Car, malheureusement, j’appartiens déjà à quelqu’un. Malgré le fait que ce quelqu’un m’ait jeté à la rue, faisant de ma queue une pauvre SDF obligée de se réfugier dans tous les trous chauds et douillais qui veulent bien l’accueillir, je reste toujours la propriété de ce quelqu’un. Je l’ai dans la peau.

Ces femmes que je rencontre sont souvent égratignées dans leur amour propre par leurs relations passées-vous me direz comme tout le monde- mais elles en arrivent à douter d’elles-mêmes. Pourtant, elles ont toutes quelque chose qui les rend exceptionnelles. Mon objectif, et même si je ne suis que de court passage dans leur vie, comme un touriste allemand à Marrakech, c’est de mettre la lumière sur ce qu’elles ont longtemps oublié ou refoulé : leur beauté.

Tout ce que je peux leur rapporter c’est un peu de lumière sur leurs qualités qu’elles ont oublié. Même si elles aimeraient bien un suivi, une promesse, un effort de ma part, au fond d’elles, elles savent pertinemment que j’appartiens à quelqu’un. Cela se lit dans mon regard triste de chien battu et torturé par l’amour inconditionnel qu’il porte à cette femme qui ne l’aimera peut-être jamais. Elles le savent et c’est pour cela qu’elles me laissent aller.

Pourtant, parfois, certaines posent la question qui fâche. Une fois que j’avais fini d’éjaculer mes tripes sur les seins bien ronds et fermes de cette femme bien plus âgée que moi, je me suis retrouvé nu, collé à son corps nu, à lui raconter à quel point j’étais envouté par cette femme qui m’obsède maintenant depuis des années. C’était d’une tristesse à se couper la queue. Je venais d’avoir une belle coucherie avec une femme d’une beauté à couper le souffle, pourtant le meilleur moment était celui où je lui racontais comment j’ai rencontré une autre femme, il y a des années de cela, comment notre relation à évoluer et les raisons qui font que ce sera toujours elle dans ma tête à tout jamais.

J’ai fini mon histoire. Elle m’a prit dans ses bras pour m’embrasser, car mon histoire était touchante et que ma sensibilité était un acte inédit à ses yeux. Elle s’est rhabillée, s’en est allé et moi j’ai continué à penser à celle à qui je pense à chaque fois que je respire. J’ai donc allumé une cigarette, je l’ai sucé avec un faux enthousiasme, comme si j’étais une prostituée payée pour le faire, et j’ai continué de contempler le vide en pensant à elle. C’est la vie qui est cruelle.

Curly Wurly

Je ne pense pas qu’on puisse aimer quelqu’un à distance ou désirer quelqu’un à distance. On n’aime pas vraiment les gens à distance. On ne sait pas ce qu’ils sont réellement et s’ils sont aussi vrais que l’image qu’ils nous envoient par messages.

Pourtant, je désire cette fille. Je ne la connais que par messages photos et appels téléphoniques fréquemment coupés par la très mauvaise connexion qui subsiste en Algérie. Mais, avec le temps, ça a fini par être suffisant.

Alors qu’au départ, cette fille ne semblait pas sortir du lot. Ne me méprenez pas, je ne dis pas qu’elle est banal. Je dis que ce n’est pas une « postbad » d’Instagram. Ce n’est pas une fille qui se fait remarquer à faire la bimbo, pourtant elle est très sûre d’elle, dans sa manière de s’habiller, sa manière d’être. C’est surement cela qui m’a attiré ou du moins donné envie de la connaitre davantage. Je n’ai pas été déçu, d’ailleurs.

Je ne sais pas si cette fille m’affichait de l’intérêt, me parlait car elle s’ennuyait ou si c’était simplement le fruit du hasard. Mais, cela nous a menés là où nous sommes aujourd’hui. Toujours à des centaines de kilomètres les uns des autres. Toujours avec aucun moyen de minimiser la distance qui nous sépare et sans pour autant essayer. Cela nous empêche pas de partager un minimum nos quotidiens, via des photos et mini-vidéos de ce qu’on fait, au quotidien, parfois. Je trouve cela plutôt mignon, même si je sais que je ne suis pas plus spécial que d’autres, que les autres personnes à qui elle envoie les mêmes médias.

Par contre, il y a bien des photos qui me sont exclusivement destinées et qui me font secrètement mouiller. Enfin, pas si secrètement que ça, car parfois je partage ma belle érection avec elle. Elle est bien trop fière pour m’avouer à quel point ma queue est belle en érection. Ou peut-être qu’elle ne la trouvait pas aussi belle que ça, mais j’en doute. Je ne crois pas que ce soit un être asexué, bien au contraire. Mais elle cache toutes ses envies derrière sa timidité et sa foi en dieu.

Ce qui est bien, c’est qu’elle laisse sa timidité et sa foi de côté, parfois, pour partager avec moi un peu de son intimité. Je trouve cela très flatteur. Je me sentais toujours privilégié. Il faut toujours se sentir privilégié lorsqu’une femme décide de partager un peu de son intimité avec nous. Qui sommes-nous pour refuser ou ne pas apprécier ? Nous devons remercier les cieux et les ténèbres pour ces moments de douceurs qui peuvent nous arriver.

Je ne sais pas où les choses me mèneront avec cette femme. J’espère, parfois, que le destin puisse la ramener auprès de mon chevet. Entre temps, je continue mon petit brin de vie de mon côté, tout en appréciant les petits délices avec lesquels elle me bénit parfois.

Pigalle

Amis de la poésie, bonne nuit. Je n’arrête pas de raconter des conneries. Je ne suis pas poète, je n’ai ni la plume, ni la barbichette qui va avec. Je ne suis qu’un homme qui balance sa diarrhée verbale sur une plateforme. Je ne suis même pas capable d’être un bon imposteur qui balancerai ses excréments littéraires sur une feuille, comme l’ont fait mes prédécesseurs.

J’écris essentiellement sur ce qui me dérange. Paris. Paris. Paris. Ville de tous les maux. Ville de tous les êtres maudits. Cette ville est aussi éphémère qu’un cachet de d’aspirine dans un verre d’eau tiède. Tout ce qu’il en reste est l’effet. Les souvenirs. Les douleurs essentiellement dues au coût du loyer.

Les miennes de douleurs se situent ailleurs. Paris. Paris. Paris. J’aime sentir l’odeur de tes rails grillés, lorsque je débarque sur Saint-Lazare, un samedi après midi, au milieu de la foule affolée et des portiques de sécurité. Les yeux pleins d’espoir, me disant que cette fois ce sera différent. Quand est-ce que t’arrêteras-tu de me baiser ?

Quand est-ce qu’on s’est trompés ? Quand est-ce que les espoirs que tu me donnais se sont transformés en cendres froids enroués dans ma gorge ? Je ne peux ni les avaler, ni les recracher. J’attends de tes nouvelles, peut-être pourrais-tu me libérer ? Peut-être pourrions-nous signer un nouveau pacte pour nous réconcilier ? Je vendrai mon âme pour une nuance de liberté.

Paris. Paris. Paris. Arrêterais-Tu de me berner ? Me laisserais-tu la rallier à mes côtés, l’éloigner de toi, de tes mirages et des halles de châtelet ? Paris. Paris. Paris. Aurais-je trop demandé ? L’as-tu encouragé à me tromper ? Lui as-tu demandé de ne plus m’attendre sur les quais de Choisy lorsque je m’en vais là rencontrer ?

Paris. Paris. Paris. Serais-tu prête à me pardonner ? Veux-tu qu’on fasse la paix ? Je te filerai mon âme, mais promets-moi de la laisser s’échapper. Éteins tes lumières le temps d’une soirée. Qu’elle arrête d’être aveuglée. Qu’elle me suive vers cette terre aux airs parfaits. On ira s’y cacher. Y copuler. Y vivre jusqu’à l’éternité.

Un verre pour un autre

Toujours cette sensation de vriller, de tourner en rond et d’errer dans l’espace, sans pouvoir attraper quoi que ce soit pour m’y rattacher. Cette sensation de vide éternel, laissé par cette mortelle qui était censé ne jamais me quitter.

Ce vide. Ces remords. Ces crises et ses cris. Mes démons et moi, dansons toute la nuit sur des airs de deathmetal norvégien joué par ma tête. La bouteille. Les mégots écrasés. La fumée. Les flashbacks qui surgissent du fin fond de mon inconscient pour me faire souffrir à nouveau. Barrez-vous ! Laissez-moi ! Je ne veux plus y penser. J’en ai marre de recenser mes actes manqués. J’en ai eu assez pour les classer dans une bibliothèque encore plus grande que celle dédiée à l’histoire de l’humanité.

Laissez-moi me blottir dans mon lit, m’empêcher d’y repenser à nouveau, vérifier une millième fois que je n’ai pas de messages dans mon téléphone et essayer de succomber au sommeil à nouveau. En vain et en vin.

J’essaie de dormir, mais mon inconscient reste éveillé. Il guette la lumière qui émane de mon téléphone. Je me dis que c’est elle. Que ça va finir par clignoter. Alors j’attends, souvent jusqu’à ce qu’il n’y ai plus personne à qui parler. Même Dieu s’en va se coucher, tandis que je reste scotché à mon téléphone, à regarder des vidéos relaxantes et à espérer un quelconque message de sa part. Comme si j’attendais quelque chose. Quelque chose qui allait faire basculer ma vie.

Je crois qu’on vit tous dans l’attente de quelque chose qui fera basculer -en bien- notre chienne de vie. Le pilier de bar PMU, qui ne rate aucune course et jure connaître un contact dans l’écurie qui lui aurait soufflé le cheval gagnant, vit aussi dans l’attente de quelque chose. Le patron de kebab, qui ne rate jamais l’occasion de mettre un gros billet sur un gros ticket de match turque truqué, vit aussi dans l’attente de quelque chose. La jeune fille, qui s’en va au lycée toute pomponnée, vit aussi dans l’attente de quelque chose. Le jeune garçon, qui s’entraîne au stade en bas de chez lui jusqu’à pas d’heure, vit aussi dans l’attente de quelque chose.

Quelque chose de brusque, soudain, divin, miraculeux. Quelque chose qui viendrait nous surprendre alors qu’on ne s’y attendait pas du tout et qui chamboulerait nos vies d’une manière tellement positive qu’on pourrait en mourir de plaisir. Mais en attendant, les gens essayent de se persuader que commander McDo, le prendre en photo et la poster sur les réseaux, c’est vivre « sa meilleure vie ». Mais en vrai, ceux qui font ça, je ne pense même pas que leur existence est digne d’une vie.